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Femme du mois : Ndeye Fatou NDOYE, propriétaire et gérante du restaurant LE NILAJA

  Business, #

 

Sous son joli sourire et son raffinement typiquement sénégalais, se cache une dame de fer au caractère bien trempé. Nous avons voulu savoir qui se cachait derrière cette devanture avenante du NILAJA, où, une fois à l'intérieur, vous vous sentirez comme chez vous. Mme Ndeye Fatou NDOYE a su relever 02 défis majeurs : celui de réussir à la perfection sa reconversion professionnelle et, par ailleurs, de l'avoir réussi sous son statut de femme immigrée dans un milieu professionnel et social pas toujours tendre avec les femmes comme elles, en soif de réussite et motivée par l'amour leur travail. Elle symbolise à la fois la réussite des femmes africaines évoluant avec leurs hautes ambitions, leur détermination et leurs compétences en bandoulière, et aussi un hymne retentissant dont les couplets tourneraient autour de la confiance en soi et du savoir-faire, et le refrain, unique, serait l'envie de se hisser au rang des divas Noires jamais égalées. Bonjour Mme NDOYE Ndeye Fatou. Pourriez-vous tout d'abord vous présentez à nos lectrices?

Bonjour, dans mon milieu professionnel je suis plus connue sous le nom de Fatou, les doubles consonnes de mon premier prénom et de mon patronyme sont un peu perturbantes pour certains ! Je suis sénégalaise, j'ai 34 ans, mariée et mère de deux petites filles de 5 ans et bientôt 2 ans.

 

Vous n'avez pas toujours été dans la restauration. Quel métier exerciez-vous auparavant et pourquoi vous être reconvertie professionnellement ?

J'ai toujours été passionnée par la cuisine et le monde gastronomique et ce depuis ma tendre enfance. Petite je passais mon temps à concocter de petites choses : pizzas, gâteaux, crêpes ... Je peux vous dire que le garde-manger et le congélateur de ma mère a souffert les estomacs de mes amis et famille aussi car ce n'était pas toujours réussi !

 

Aussi pour moi il ne s'agit pas vraiment d'une reconversion mais plutôt de retrouvailles. Effectivement je suis arrivée en France le bac ES en poche pour me destiner à une carrière de chef de cuisine donc c'est vraiment quelque chose que j'ai toujours eu en moi.

Après ma première année de BTS au lycée hôtelier de Toulouse j'ai préféré m'orienter vers la gestion, le marketing mais restant toujours dans le domaine de l'hôtellerie restauration. Ma susceptibilité avait été heurtée par certains propos à l'époque tenu par un de mes enseignants ( j'ai toujours été très fière donc...) et je pense qu'également je n'avais pas encore aussi suffisamment de force de caractère pour affronter le jugement dévalorisant des gens lorsque vous vous prédestinez à une carrière artisanale. Ayant les capacités et encouragée par mes professeurs j'ai suivi la voie " intellectuelle " pour décrocher en 2006 un MBA en Hospitality Management de l'IHMI qui est un programme joint de l'ESSEC (école de commerce) et Cornell University aux USA.

Toute fière de moi et dotée d'un diplôme prestigieux il était sans dire qu'il fallait que j'intègre une grande entreprise. J'ai intégré ACCENTURE et suis devenue consultante en management et système d'information. Vous me direz rien à voir avec votre passion originelle ! Effectivement je me suis très vite sentie à l'étroit et pas à ma place. Pensant que c'était la culture de l'entreprise qui ne me convenait pas (je suis un esprit libre et il est difficile de me formater), j'ai démissionné et intégré une autre compagnie de la place BEARING POINT. Là je n'ai même pas voulu finir ma période d'essai. J'ai également négocié un licenciement en pleine période de crise.

J'ai compris que les entreprises n'étaient pas celles en cause Je n'étais juste pas à ma place

Je voulais être mon propre patron, ouvrir mon propre restaurant ; retourner a mes premières amours : l'entrepreneuriat et la cuisine ; exercer le métier dans lequel je m'épanouis et où je me sens moi même.

Donc je me suis mise au chômage pendant 2 ans, le temps de travailler et peaufiner mon projet. Le Nilaja a ouvert ses portes le 14 Février 2011.

Vous êtes la propriétaire et la gérante du restaurant LE NILAJA ? Que signifie " nijala " et pourquoi l'avoir choisi comme nom de votre restaurant ?

" Nilaja " est un prénom féminin en langue Yoruba du Nigéria qui signifie selon le contexte qui apporte la paix ou la joie. J'ai une tendance féministe donc il était pour moi évident qu'il fallait que cela se ressente donc un prénom féminin me semblait approprié. J'ai choisi une langue autre qu'un dialecte sénégalais pour justement ne pas rentrer dans le communautarisme régional. Je suis une panafricaniste donc je prône l'ouverture et l'abolition des frontières africaines. Mon restaurant représente également cette volonté d'unification de l'Afrique. Aussi vous trouverez des plats de beaucoup de pays africains (Congo, Mali, Sénégal, Guinée, Côte d'ivoire, Kenya, Gabon, Cameroun, ..) et du vin d'Afrique du sud. Et de plus, ce nom interpelle et suscite le dialogue avec le client, la création d'une relation. Je pense qu'un " Keur Fatou " aurait été des plus fades !!!

 

Racontez-nous vos débuts dans la restauration : l'ouverture du restaurant, les démarches pour y arriver, la constitution de votre équipe, ...

Oulala, c'est une série de péripéties !!! Ouvrir un restaurant est un parcours du combattant. Car après la phase écriture du projet s'annonce la recherche de financement. C'est un vrai marathon de banque en banque. Mon atout je pense a été ma détermination, mon cursus et mon diplôme qui attestaient tout de même d'une formation en gestion et d'une connaissance sectorielle. J'ai également bénéficié d'un appui de la ville de paris avec un prêt d'honneur après présentation du projet en commission. Ce prêt d'honneur m'a permis de compléter mon apport et de décrocher mon prêt bancaire. Je me souviens que j'étais enceinte de mon ainée et je l'ai camouflée persuadée qu'ils ne me financeraient pas s'ils s'en apercevaient. J'en rigole encore.

 

Sincèrement ils n'auraient pas eu tort car c'est un métier extrêmement prenant et physique difficilement conciliable avec une vie de famille et surtout les premières années d'activité où les efforts doivent être multipliés. J'ai été également très soutenue par la boutique de gestion qui m'a suivie et aidé à monter le projet.

Ensuite la restauration étant un domaine réglementé il faut avoir un permis d'exploitation et respecter une multitude de normes.

Sans compter la mise œuvre réelle avec la recherche de locaux qui pris presque 1 an : soit très cher, soit mal situé, soit trop vétuste .... A Paris bon courage !

Puis le choix du mobilier, l'agencement, la décoration, la carte, la communication, le choix des équipes et cette dernière n'en est pas la moins délicate.

En restauration africaine nous sommes confrontés à un réel problème au niveau du recrutement en cuisine ici en France. Les personnes connaissant cette gastronomie ne sont pour la plupart pas formées donc il faut constamment être derrière eux. Ceux qui sont vraiment formés refusent de travailler en cuisine africaine trouvant cela peu valorisant. Sans compter le machisme, le sexisme et le paternalisme ou maternalisme auquel on peut être confronté. Pour ma part j'ai ouvert mon restaurant à moins de 30 ans en tant que femme immigrée noire , je vous laisse imaginer le tableau des combats que j'ai pu mener .Mais Dieu Merci et grâce à mes parents, j'ai une force de caractère ,une éducation et une instruction. Je ne me laisse pas marcher sur les pieds.

Vous avez choisi des plats typiquement africains que vous n'hésitez pas à combiner dans vos menus. Comment se passe le choix des combinaisons (selon les ingrédients, les goûts de la clientèle) et le choix de la carte ?

Lorsque je fais un menu ou une carte je garde en tête deux types de clients. D'une part j'ai l'initié (africain ou pas), qui consomme par nostalgie et veut retrouver le goût de son enfance, de la cuisine de maman ou mamie ou du pays d'adoption et qui sait déjà à 90% ce qu'il veut manger avant de venir dans mon établissement . D'autre part le néophyte qui vient pour découvrir. Je m'efforce dans ma carte de répondre aux deux types de clients. Le néophyte ne veut pas d'une cuisine édulcorée. Il veut connaître la vraie saveur des plats et l'initié ne vous pardonnera pas d'avoir trahi ses souvenirs. D'où le choix de spécialités typiquement africaines pour les plats principaux. Je laisse libre court à mon imagination sur les desserts et les entrées.

 

Concernant les combinaisons je fais des menus par thème : viande, volaille, poisson ou végétarien . Je joue aussi sur la notoriété de certains plats comme le yassa ou le maffé (NDLR : plats typiquement sénégalais) pour en faire des menus d'appel.

La France est réputée mondialement pour sa gastronomie nationale. Comment vous y faire votre place, d'autant plus que la concurrence est rude en matière de restauration africaine à Paris ?

La France et surtout Paris est très cosmopolite. On y trouve toute sorte de communautés donc les français ont maintenant l'habitude des saveurs venues d'ailleurs. Par contre ils sont très attachés à la qualité et à l'esthétique. Ce sont les deux points sur lesquels je ne transige pas : beau et bon. La présentation de nos plats africains et souvent bâclée. Un de mes atouts je pense réside dans ma formation où j'ai quand même acquis des bases. De plus je suis très ouverte d'esprit et j'ai une réelle curiosité culinaire qui me pousse au delà des frontières et m'offre une créativité. Je m'efforce dans tout ce que je propose de mettre en valeur plus qu'une cuisine une culture mais de la délivrer avec les standards du pays qui m'abrite.

 

Vous êtes référencée dans le guide Gault et Millau 2015. Toutes nos félicitations, mais d'après vous à quoi est dû aujourd'hui le succès du NILAJA ?

J'avoue que cela m'a fait énormément plaisir lorsque j'ai été contactée par le guide. C'est une reconnaissance tout de même du travail qui a été fait car ce qui est sûr c'est qu'il y du travail. Il n'y a pas de miracle je travaille continuellement et me remets en question 36.000 fois par jour. Je pense que la ligne que j'ai choisie y est aussi pour beaucoup. Je me définis comme un restaurant éthno-chic et je garde cette ligne dans tout ce que je fais. Le cadre du restaurant est très élégant avec des couleurs chaudes. On retrouve la chaleur et l'identité de l'Afrique à travers les couleurs et les objets de décoration sans tomber dans le cliché. Il y une vraie touche de modernité qui répond a une demande. L'Africain d'aujourd'hui est mondialisé et vit avec diverses influences sans oublier ses racines. C'est que l'on retrouve dans mon restaurant et finalement ça parle à un large public. L'occidental s'y sent à l'aise tout comme l'Africain y retrouve ses marques. Nos spécialités sont faites dans le respect des recettes, bien sûr j'y mets ma patte au niveau du dressage et les rendent accessible au niveau du dosage des épices et la juste proportion de matière grasse. Je travaille les produits exotiques et réinterprète certaines recettes pour créer des desserts ou des entrées qui nous sont propres.Il y a également une qualité de service et une disponibilité du personnel. Je travaille avec des personnes qui aiment leur métier donc le sourire est naturel.

 

Vous avez commencé à développer la branche traiteur depuis quelques temps. Pourquoi avoir voulu intégrer cette branche dans votre activité ? Comment comptez-vous y tirez votre épingle du jeu ?

C'est une activité complémentaire. La clientèle est en constante recherche de nouveauté et c'est un domaine dans le quel je peux vraiment développer ma créativité. Et à force de recevoir des demandes je me suis dite pourquoi pas. ? Pour l'activité traiteur j'applique la même philosophie : rigueur, qualité, travail, créativité. Pas de secret. Je suis quelqu'un qui vit mal l'échec donc je me donne à fond dans tout ce que je fais. Bien sûr je ne maitrise pas tout mais je me donne les moyens de réussir en tous cas.

 

Quelles sont vos ambitions futures ?

Là je passe ! Je suis superstitieuse donc vous les découvrirez en temps et en heure. Mais J'ai juste le regret que les restaurants africains de Paris ne soient pas fédérés comme les restaurants chinois par exemple. Nous ne sommes pas nombreux donc normalement cela devrait pouvoir se faire. J'aimerais bien mener à bien ce projet et mettre sur pied une sorte de fédération ou d'association des restaurants africains avec un portail unique. Enfin...

 

Quels conseils donneriez-vous aux femmes africaines qui veulent suivre votre exemple et se lancer dans l'entrepreneuriat en général et dans la restauration plus particulièrement ?

Je les encourage vivement à le faire car c'est une expérience épanouissante et enrichissante. Mais je les mets en garde tout de même. Savoir cuisiner ou avoir comme passe temps la cuisine et tenir un établissement sont des choses différentes. Les tracasseries administratives et la gestion du personnel prennent beaucoup de temps. Elles devront renoncer a beaucoup de choses car l'entrepreneuriat quel que soit le domaine est prenant et possessif. La vie de famille est difficile à maintenir. Et il faut beaucoup d'énergie et de force de caractère. Mais surtout sans soutien c'est impossible ; de son conjoint, de sa famille car psychologiquement c'est éprouvant. Je suis honnête. Mais les femmes sont des battantes. La liberté et le fait d'être maitresse de son destin valent tous les sacrifices.

 

Rappelez-nous vos contacts et ceux de votre restaurant pour les gourmands et les gourmets qui nous lisent ! Le Nilaja 17 rue de la forge royale 75011 Metro Faidherbe chaligny ligne 8 / PARIS
Téléphone : 0143735315 Siteweb : www.lenilaja.com Page facebook : web.facebook.com/nilajatraiteurafricainetmetisse/ Propriétaire / gérante : Mme Ndeye Fatou NDOYE



Source : conseils.blackeuse.com


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chloe
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