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Le Havre n'oublie pas son passé de port négrier

  Société, #

Hommage. Au Havre, ancien port négrier, les cérémonies de commémoration de l’abolition de l’esclavage ont une dimension particulière. Doit-on aller plus loin dans la mémoire de cette histoire qui est aussi locale ?

    Du blanc qui claque dans le vent. Du blanc sur les vêtements et les dentelles dont se sont parées les femmes. Du blanc sur les roses qui sont déposées, une à une, sur la plaque commémorative installée depuis 2009 sur l’esplanade Guynemer, face à l’entrée du port du Havre. « Du blanc parce que c’est la couleur de la paix et celle du deuil dans nos contrées », explique Anaïs Gernidos, représentante de la communauté afro-caribéenne élargie du Havre.

    En ce 10 mai, journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, Le Havre regarde son histoire dans les yeux. Un passé de port négrier qui a fait le commerce d’hommes et s’en est enrichi.

    « Entre 1783 et 1792, c’est-à-dire à la veille de la Révolution française, quarante-cinq maisons de commerce havraises armaient des navires pour la traite des Noirs. Notre ville se doit d’assumer toute son histoire de manière objective, consciente et sereine, avec ses heures glorieuses mais aussi avec cette part d’ombre », a ainsi rappelé hier Luc Lemonnier, maire du Havre, dans son discours.

    Une pétitionen ligne

    Il s’est félicité du travail pédagogique réalisé avec les scolaires, dont on peut regretter l’absence à la cérémonie, mais aussi l’information transmise par le musée de la Maison de l’Armateur sur le sujet. Un devoir de mémoire que certains jugent encore trop timoré.

    Un Havrais, Pierre Lenoir-Vaquero, a lancé une pétition sur Internet pour réclamer plus de visibilité sur le passé négrier du Havre qu’une simple plaque et une pièce dans un musée. « Il n’existe pas au Havre de lieu adapté pour se souvenir de cette page sombre de notre histoire. En effet, j’ai été surpris de découvrir il y a quelques années, par hasard, la plaque commémorative scellée près du musée Malraux. Elle est trop discrète, au point que l’on marche dessus si nous ne faisons pas attention. Très nombreux sont les habitants qui ne connaissent pas son existence et par conséquent ce passé de notre ville. En mémoire des millions de victimes de la traite des Noirs et des personnalités qui se sont battues pour l’abolition de l’esclavage en France et ailleurs, notre ville a le devoir de dédier un site pour se souvenir, pour informer, pour éduquer, hors des écoles et des musées », écrit-il dans un texte adressé au maire.

    Luc Lemonnier n’est pas contre. Mais pas question pour lui de débaptiser les rues portant des noms d’armateurs négriers. « Tout ce qui ira dans le sens de la pédagogie et du rappel de l’unité humaine est bon. Il faut sensibiliser les jeunes générations sans se flageller. Ce travail sur l’asservissement est un prétexte à questionner sur le comment vivre ensemble », explique l’élu.

    « S’approprier notre histoire »

    Suivre l’exemple de Bordeaux et Nantes en apposant des plaques explicatives aux noms des rues qui évoquent cette traite ? « Je n’y suis pas opposé, à condition que cela ait du sens. Se souvenir pour se souvenir n’a pas de valeur. Il lui faut un retentissement dans notre vie quotidienne », ajoute Luc Lemonnier, faisant référence aux sujets de racisme « que l’on voit encore tant d’années après ».

    Et Anaïs Gernidos acquiesce. « C’est de la traite transatlantique qu’est né le racisme Noirs/Blancs et que s’est forgée l’économie d’aujourd’hui. Le Havre commence à s’approprier cette histoire, son histoire. Et c’est à nous, Havrais, de nous organiser pour trouver, avec nos spécificités, notre façon de ne pas oublier. Peut-être avec plus de manifestations ? » propose-t-elle.

    Pour le maire du Havre, une réflexion doit être menée avec les acteurs culturels et sociaux. Il estime que le spectacle vivant peut être une bonne façon de traiter le sujet pour l’ouvrir au plus grand nombre. « Parce que l’appropriation de cette mémoire par le grand public ne doit pas forcément être ennuyeuse. » Ce 10 mai 2018, 170 ans après l’abolition de l’esclavage, Le Havre s’est souvenu d’avoir participé à ce crime contre l’humanité qu’est l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Et s’il n’a pas dit comment, Luc Lemonnier l’affirme : « On doit aller plus loin ».

    L’exemple havrais du Premier ministre

    Dans son discours à Paris sur la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le Premier ministre Édouard Philippe n’a pas manqué d’évoquer, hier, l’exemple du Havre.

    « L’essor du Havre, comme celui de Nantes, comme celui de Bordeaux, est intimement lié au commerce des colonies, à la traite et à l’esclavage. En 1814, les armateurs du Havre signent une pétition pour maintenir la traite des Noirs, arguant qu’elle conditionne la prospérité des ports, des colonies, de la marine. Le devoir de mémoire commence à une échelle communale avec la lutte contre l’effacement ou la dilution des traces. Au Havre, chez moi, les bombardements de 1944 ont détruit les vestiges historiques de l’esclavage. Il nous a donc fallu inscrire la mémoire de l’esclavage dans le paysage urbain. C’est aussi le choix qui a été fait, de façon remarquable, à Bordeaux ou à Nantes. » Sauf que le traitement de ce pan de l’histoire est, au Havre, bien plus discret que dans les ports cités.

    À Bordeaux, par exemple, la municipalité va ériger une statue de Modeste Testas, une esclave africaine achetée par deux frères bordelais en 1781. Des plaques explicatives seront apposées sous le nom des rues faisant référence à la traite. Quant à Nantes, la Ville a créé dès 1992 un mémorial de l’abolition de l’esclavage sur les quais de la Loire. Au Havre, la mémoire du commerce triangulaire n’est plus visible dans la pierre. Mais le deuxième port de traite en France compte lui aussi expliquer son passé pour mieux vivre son avenir.

    Marie-Ange MARAINE


    Source : www.paris-normandie.fr


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