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Au Sénégal, face à la montée des eaux, Macron multiplie les promesses

  Politique, #

Face à la mer, perché sur un bloc de béton, Emmanuel Macron contemple les dégâts. A ses pieds, des morceaux de murs démolis par les vagues. C'est tout ce qu'il reste des classes de cette école de Guet Ndar, quartier surpeuplé de Saint-Louis-du-Sénégal. Tandis qu'il prend la pose, ce samedi, au côté de son homologue sénégalais Macky Sall et du président de la Banque mondiale Jim Yong Kim, le président français salue la foule joyeuse et bruyante que les forces de sécurité peinent à tenir à distance. Des dizaines d'enfants cherchent à contourner les barrages policiers en passant par la mer froide. Ils ont de l'eau jusqu'à la taille. Renversés par la houle puissante qui détruit leurs fragiles habitations, les plus petits se relèvent en riant aux éclats.

"Défi climatique, réponse énergique"

Comme la veille à Dakar, la population a été mobilisée en masse par leurs élus pour dire "merci au président Macron". Vendredi, il s'agissait des 200 millions débloqués par Paris pour construire des écoles et former des professeurs. Ce samedi, ce sont d'autres millions, une quinzaine, que Macron vient promettre pour financer les travaux qui ralentiront l'érosion - un chantier confié au groupe de BTP français Eiffage. Dans la rue principale de Guet Ndar, le Président fait une entrée triomphale. Des dizaines de milliers des personnes se sont massées sur le passage de la Mercedes noire dans laquelle il a pris place aux côtés de Macky Sall. Debout au-dessus du toit ouvert, Macron distribue les sourires, les saluts et les baisers, comme il l'avait déjà fait la veille, à Dakar, sur le chemin de l'école qu'il venait inaugurer. Il y prend visiblement un immense plaisir. L'un de ses conseillers nous fait cette inquiétante confidence : "S'il s'écoutait, il ne ferait plus que ça."

Dans la foule, beaucoup portent des tee-shirts blancs siglés Eiffage, arborent les portraits des deux présidents et des slogans appelant à combattre l'érosion : "Défi climatique, réponse énergique", "ensemble pour sauver la Langue de Barbarie". La Langue de Barbarie, c'est cette lagune de 40 kilomètres de long et de quelques centaines de mètres de large qui barre l'embouchure du fleuve Sénégal. Ravagée par la montée des eaux, conséquence du réchauffement climatique, elle disparaît peu à peu. Jim Yong Kim a annoncé une aide d'urgence de 24 millions d'euros pour reloger 10 000 personnes (900 familles) qui perdront leur maison à court terme. Il a droit, lui aussi, à son portrait sur les tee-shirts. "Le monde entier a une dette envers l'Afrique" qui a "très peu contribué aux émissions de CO2 mais qui subit l'impact le plus dévastateur du changement climatique", déclare à la presse le président de la banque mondiale.

"On ne pourra pas arrêter la mer"

Avec 55 000 habitants, quasi exclusivement des pêcheurs, cette lagune concentre l'une des plus fortes densités de population du continent africain. Au malheur de l'érosion s'ajoute celui de la pénurie de poisson. Pour pêcher, les hommes s'aventurent de plus en plus vers le Nord, jusqu'à entrer dans les eaux mauritaniennes. Plusieurs hommes de Guet Ndar ont été abattus, comme le jeune Serigne Fallou Sall, âgé de 19 ans, tué sur sa pirogue il y a quinze jours. "Stop aux tueries de pêcheurs", est-il écrit sur de nombreuses pancartes. Contre cela aussi, le président français promet d'agir.

"La France fera entendre votre voix", assure-t-il depuis la tribune installée sur la place qui porte toujours le nom de Louis Faidherbe, célèbre gouverneur de la colonie au XIX e. Dans le discours qui conclut son séjour africain, Macron définit Saint-Louis, ville fondée au XVII e siècle par les Européens, comme "le berceau d'une histoire partagée". Le maire, Mansour Faye, est manifestement du même avis. Sur la place Faidherbe, il célèbre lui aussi "350 ans d'histoire". Il évoque la dernière visite d'un président français, Jacques Chirac, 13 ans plus tôt jour pour jour. Si Macron se rend à son tour à Saint-Louis, c'est que Mansour Faye avait publiquement attiré son attention sur la situation de la Langue de Barbarie lors du One Planet Summit, le 11 décembre à Paris. "Vous m'avez interpellé : je suis là, avec vous, pour voir [...] ce que certains veulent encore nier", lui répond le président français dans une allusion transparente au climatoscepticisme de Donald Trump, le président américain qu'il doit rencontrer à Washington en avril.

Macron ne prend-il pas le risque d'éveiller des espoirs déraisonnables sur ce petit territoire plongé dans une grande précarité ? Interrogé sur ce point, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian renvoie aux avis des experts, qui "disent que le sauvetage de la lagune est possible". A ses côtés, la directrice de l'Agence française de développement, Laurence Hart, interrogée par l'AFP, reconnaît les limites de l'entreprise : "On ne pourra pas arrêter la mer." La construction de digues a donc plutôt vocation à retarder les inéluctables déménagements.

Fini "d'arriver en Afrique avec des visions toutes faites"

Avant de s'envoler pour Paris, Macron confie qu'il "mesure" les attentes exprimées par "l'accueil chaleureux". A Dakar puis à Saint-Louis, il prétend mettre en œuvre concrètement la "stratégie française" dont il avait exposé les principes fin novembre devant les étudiants de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso : plus question pour Paris "d'arriver en Afrique avec des visions toutes faites". Il s'agit désormais de "venir en soutien" de projets portés par les gouvernements africains. En Tunisie mercredi et au Sénégal samedi, Macron a martelé les trois priorités de cette stratégie : investir dans l'éducation, promouvoir une croissance durable et faire rayonner une francophonie dont "l'épicentre" serait désormais au sud de la Méditerranée.

Sur cette fragile Langue de Barbarie dévastée par les effets du changement climatique, il aura pu prendre la mesure du chemin à parcourir. Dans le quartier de Guet Ndar où les femmes élèvent couramment 7 ou 8 enfants, les salles de classe qui n'ont pas encore cédé aux assauts des vagues sont censées accueillir jusqu'à 80 élèves. "Trop d'enfants, trop d'enfants" se désole une adolescente qui se tient à l'écart de la foule et de ses acclamations. Elève de première, elle rêve de devenir professeur. Parmi les jeunes sénégalais croisés ce samedi par Libération, elle aura été la seule à bien comprendre et parler le français. "A Guet Ndar, les enseignants parlent presque toujours en wolof. En plus, ils sont en grève la moitié du temps", ajoute la jeune fille. Il est donc très probable que les subtilités du discours prononcé ce samedi auront échappé à la grande majorité de la foule massée sur la place Faidherbe. Qu'importe, puisqu'ils avaient compris l'essentiel : on a promis de les protéger contre les tirs des militaires mauritaniens et contre les assauts de la mer.



Source : www.liberation.fr


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