États-Unis : ces écoles où les Noirs ne sont pas les bienvenus

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Gardendale est une petite commune d'Alabama. Une commune à 88 % blanche. Mais dans ses écoles, près d'un quart des élèves sont noirs et viennent souvent d'autres localités. La ville se battait donc depuis des années pour " contrôler " ses propres écoles. Elle a gagné. Au printemps dernier, une juge fédérale l'a autorisée à devenir autonome et à sortir du district scolaire du comté de Jefferson, qui compte une majorité de Noirs sur les 36 000 élèves. Depuis la rentrée, les deux écoles primaires n'acceptent donc que des enfants du coin. Un phénomène qui a un nom : reségrégation.

La juge Madeline Haikala a reconnu que " la question raciale était le facteur motivant " de cette sécession et que cela envoyait un message d'exclusion qui " attaque la dignité des élèves noirs ". Mais à la surprise générale, elle a statué en faveur de Gardendale. Elle s'est justifiée en disant qu'elle craignait, si elle avait dit non, que les enfants noirs ne paient les pots cassés et " ne soient tenus pour responsables ". Elle l'a fait aussi par sympathie pour les familles qui ne militent pas toutes en faveur de la sécession pour des raisons racistes. " Tous les parents veulent une meilleure éducation pour leurs enfants et il n'y a rien de fondamentalement mauvais à préférer un petit district scolaire à un grand. "

Une longue résistance

Pour les adversaires de la sécession, cette décision va à l'encontre de plus d'un demi-siècle d'efforts pour lutter contre la discrimination raciale dans le Sud. En 1954, la Cour suprême a mis fin dans un décret célèbre - Brown versus Board of Education - à la ségrégation dans les écoles. Mais l'Alabama, un État qui compte une importante population afro-américaine, a résisté par tous les moyens, allant jusqu'à voter plusieurs lois pour l'empêcher. En 1956, l'État a autorisé les districts scolaires à fermer définitivement un établissement public plutôt que d'avoir à accepter un Noir dans une classe de Blancs. Dans le comté de Jefferson, en 1965, soit 11 ans après la décision de la Cour suprême, il n'existait pas une seule école mixte racialement.

Selon une étude récente de l'organisation EdBuild, le phénomène de sécession se multiplie. Dans une trentaine d'États, la loi autorise des communes à créer leur propre district scolaire et depuis 2000, au moins 71 l'ont fait, la plupart des villes riches et blanches. Dans le Sud, en 1988, 43,5 % des élèves noirs fréquentaient un établissement à majorité de Blancs. En 2011, ils n'étaient plus que 23,2 %. Une tendance qui ne se limite pas au Sud : dans la ville de New York, 81,7 % des Noirs sont inscrits dans des écoles avec moins de 10 % de Blancs.

Les études montrent que les écoles tirent profit d'une communauté qui a directement investi dans leur succès

Les partisans de la sécession estiment que leurs impôts devraient servir à financer l'éducation de leurs enfants et pas de ceux qui vivent en dehors de la commune. Même si les impôts des contribuables noirs ont servi pendant longtemps en Alabama à financer des écoles dans lesquelles leurs enfants ne pouvaient pas mettre les pieds. " Nous pensons qu'avoir un contrôle local sur les établissements scolaires va donner à la communauté un sentiment de fierté et de propriété ", explique le communiqué du collectif des parents. " Les études montrent que les écoles tirent profit d'une communauté qui a directement investi dans leur succès. D'un point de vue économique, créer son propre district à Gardendale devrait nous permettre de prospérer. "

La juge a tout de même imposé quelques contraintes. Le nouveau district scolaire doit embaucher un Noir dans son conseil d'administration et faire un effort pour mettre en place des mesures de déségrégation. Si ce n'est pas le cas, elle se réserve dans trois ans le droit de revenir sur sa décision.



Source : Le Point



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