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Journée de mémoire de l'esclavage : des Français sur les traces de leurs ancêtres

  Culture & Loisirs, #

En France, une base de données numérique recensant les esclaves affranchis des Antilles françaises permet à leurs descendants d'esquisser leur arbre généalogique et de retrouver la trace de leurs ancêtres africains.

Ses parents lui avaient interdit de fouiller dans son histoire familiale, mais Éric Jalta, 53 ans, est passé outre. "Ils refusaient de parler de l' esclavage", raconte ce Français métisse qui a grandi en Martinique et qui et n'avait pas le droit de "fréquenter des gens trop noirs de peau". "Durant toutes ces années, je ne savais pas qui j'étais, je me sentais comme un 'chien errant', j'avais besoin de connaître l'histoire de mes ancêtres", explique-t-il à France 24.

Mardi 10 mai, jour de la commémoration de l'abolition de l'esclavage, il s'est rendu à Chamblanc, dans l'est de la France, où se tenait une cérémonie d'hommage, afin "d'honorer la mémoire de ces aïeux".

Trois ans pour éplucher les listes

Des aïeux dont il a tout de même décidé retrouver la trace 10 ans plus tôt. Après la naissance de son premier fils en 2005, Eric Jalta entame des recherches généalogiques. Il se rend dans le 18e arrondissement de Paris où son grand-père est mort durant la Seconde Guerre mondiale. Il apprend le nom de ses arrière-grands-parents et remonte le fil jusqu'aux ancêtres de la fin du XIXe siècle avec l'aide d'une association mémorielle antillaise, le Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98). Il comprend que ses ancêtres pourraient avoir été des esclaves acheminés sur l'île de la Martinique depuis le Bénin. "Avant de chercher mes origines, la honte me ravageait. Quand j'ai fait ma généalogie, je me suis enfin senti citoyen de ce monde, et pas forcément africain ou béninois", témoigne-t-il.

 

Comme lui, ils sont de plus en plus nombreux à tenter de créer leur arbre généalogique. Le CM98 n'y est pas pour rien. En 2009, il crée une base de données numériques sans équivalent, à partir de registres d'État civil datant de l'époque de l'abolition de l'esclavage. Ces documents contiennent une liste de 125 000 noms d'esclaves sur les 150 000 affranchis en 1848 dans les Antilles françaises.

Accompagnement psychologique

"Nous avons passé trois ans à éplucher les listes sur des micro-films oubliés dans les Archives nationales - certains bénévoles de l'association ont même suivi une formation en paléographie pour déchiffrer les inscriptions", explique Emmanuel Gordien, vice-président et responsable de l'Atelier de généalogie et d'histoire des familles antillaises.

 

La tâche est d'autant plus ardue qu'après l'abolition de l'esclavage, les officiers d'État civil français choisissent des patronymes inédits pour les affranchis, afin d'éviter d'utiliser des noms ressemblant à ceux des anciens maîtres. "Ils ont alors pioché dans le vocabulaire des plantes, des références à l'histoire antique ou ils ont inventé des anagrammes, comme le nom de famille guadeloupéen du célèbre joueur de football Lilian Thuram, inspiré de 'Mathurin'", explique Emmanuel Gordien.

Peu de recherches en Afrique aboutissent

"Nous mettons nos données et études à disposition de tous ceux qui le souhaitent. Souvent cela provoque des demandes de recherches plus poussées", raconte le vice-président de l'association, qui admet que la démarche reste compliquée. Ce fut le cas d'Éric Jalta, dont les découvertes sur ses ancêtres ont fait émerger de nombreuses questions : "Mon ancêtre avait 28 ans quand il a été affranchi, comment a-t-il pu éduquer ses enfants et s'intégrer dans la société française alors qu'il avait vécu toute son enfance en tant qu'esclave ?", s'interroge-t-il encore aujourd'hui.

 

Afin de mieux les accompagner et "pour libérer la parole", le CM98 organise fréquemment des "ateliers généalogiques" en métropole comme à Grigny, Évry ou Viry-Chatillon, en banlieue parisienne. "Les histoires déterrées sont parfois douloureuses, parce qu'on met le doigt sur des non-dits passés sous silence depuis des générations : parfois des naissances après des viols, et d'autres fois aussi, des histoires d'amour entre anciens maitres et anciens esclaves". C'est pourquoi l'association fait encadrer les personnes qu'elle accompagne par un psychologue.

Elle doit aussi gérer des déceptions. Rares sont ceux qui, comme Éric Jalta, parviennent à tracer la piste de leur aïeux jusqu'en Afrique, car l'identité des esclaves était souvent gommée pendant le voyage sur les navires négriers ou à leur arrivée dans les Antilles.

Les recherches d'Éric Jalta et des autres seront bientôt enrichies par de nouvelles données, puisque le CM98 vient d'acquérir pour près de 25 000 euros un ensemble d'archives notariales recensant toutes les ventes et achats d'esclaves en Martinique et en Guadeloupe au cours de la première moitié du XIXe siècle. La centaine de bénévoles de l'association s'active pour éplucher ces données afin de les présenter au public le plus vite possible.

Première publication : 10/05/2016



Source : France 24


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