Katherine Johnson, première Afro-Américaine partie à la conquête de l'espace

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"J'ai juste fait mon travail. La Nasa avait un problème et j'avais la solution." C'est avec ces phrases empreintes d'humilité que Katherine Johnson a récemment résumé sa carrière au Washington Post. Mais quoi qu'elle en dise, à 98 ans, cette native de Virginie, née en 1918, possède un CV plus qu'impressionnant.

Katherine Johnson obtient ainsi son baccalauréat à l'âge de 14 ans, avant d'intégrer l'université d'État de Virginie occidentale pour une spécialisation en mathématiques un an plus tard. Elle décroche son diplôme de mathématique et de français avec les félicitations en 1937, à seulement 18 ans. Des chiffres qui donnent le tournis mais pas à cette amoureuse des équations. Ils vont même la propulser sur le devant de la scène à une époque où une femme, noire de surcroît, n'avait pas sa place.

Petite et grande histoire

Après ses études, Katherine Johnson entame une carrière d'enseignante, qu'elle abandonne vite pour fonder une famille avec son mari, James Goble. Ensemble, ils ont trois filles - Constance, Joylette et Katherine. Mais James Goble décède d'un cancer du cerveau en 1956. La femme de sciences doit alors surmonter son deuil ainsi que son statut de mère célibataire.

Or, la National Advisory Committee for Aeronautics (NACA) "a décidé de recruter des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale, quand les hommes partis au front ont commencé à manquer, raconte Margot Lee Shetterly, auteure du livre Les Figures de l'ombre (1) qui a inspiré le film du même nom (2). À partir de 1943, l'ancêtre de la Nasa publie une annonce dans le journal noir de la ville, pour recruter au sein des enseignantes en maths dans les écoles publiques. Jusqu'en 1980, elles seront 80 à y travailler." Parmi elles, Katherine Johnson à partir de 1953.

Katherine Johnson, figure de l'ombre

La passion du chiffre

À cause des lois ségrégationnistes dites lois Jim Crow, différenciant dans l'espace public les citoyens américains selon leur couleur de peau, Katherine Johnson et ses collègues travaillent à l'écart dans un bâtiment qui leur est réservé. Mais cela ne l'atteint pas : "Je n'ai pas eu le temps pour cela", a expliqué Katherine Johnson dans une interview conservée dans les archives de la NASA en 2008. "Mon père nous a toujours dit : "Vous êtes aussi douées que n'importe qui dans cette ville, mais vous n'êtes pas mieux." Ce qui explique que je n'ai pas de sentiment d'infériorité. Et que je n'en ai jamais eu."

"Un ordinateur en jupe"

Katherine Johnson, mère de trois filles, a contribué à abolir la ségrégation raciale, notamment à l'université de Virginie occidentale, à Morgantown. (1960.)

 

Une sagesse qui lui permet de travailler en tant "qu'ordinateur en jupe", comme elle se surnommait elle-même, un poste consistant à calculer les données des boîtes noires d'avions et autres travaux mathématiques. Mais en pleine guerre froide, la Nasa a besoin de spécialistes en géométrie analytique pour devancer les Russes dans la conquête de l'espace. L'une des seules à maîtriser la discipline est Katherine Johnson. Sa capacité à manier les chiffres dépasse l'entendement et lui permet de s'affirmer. Elle n'hésite pas à repousser encore plus loin les barrières puisqu'elle parvient à assister aux réunions interdites aux femmes.

En 1959, Katherine Johnson réussit à faire les calculs pour le premier lancement suborbital d'Alan Shepard. Puis en 1962, John Glenn, premier astronaute américain à faire le tour de la Terre, demande avant son premier vol orbital qu'elle vérifie elle-même une dernière fois les calculs de sa trajectoire. Par la suite, son don pour les mathématiques l'ont conduite à déterminer la trajectoire du vol Apollo 11 vers la Lune en juillet 1969, dont la descente de Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur le sol lunaire.

Récompensée par Barack Obama

En novembre 2015, Barack Obama lui a remis la médaille présidentielle de la liberté - plus haute distinction civile américaine. Et le mois dernier, lors de la 89e cérémonie des Oscars, elle est montée sur scène, pour annoncer le prix du meilleur documentaire, accompagnée des actrices Taraji P. Henson (qui l'incarne à l'écran), Octavia Spencer et Janelle Monáe, héroïnes du film de Theodore Melfi. Une mise en lumière, trente-deux ans après son départ à la retraite de la Nasa.

"Les Figures de l'ombre", la bande-annonce

(1) Le livre : Les Figures de l'ombre de Margot Lee Shetterly, Éd. Harper Collins.
(2) Le film Les Figures de l'ombre de Theodore Melfi, avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer et Janelle Monáe, en salles ce mercredi.

 



Source : Madame Figaro

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