"Atlanta rappelle qu'il n'y a aucune honte à être juste un gars ordinaire"

  Culture & Loisirs, #

INTERVIEW/OCS City/20h40 - En lice pour quatre Emmys awards, la comédie grinçante de Donald Glover sur un rappeur et son cousin met en lumière les vexations quotidiennes qu'affronte la communauté noire. Rencontre avec une de ses égéries.

C'est la pépite douce-amère que les critiques américains ont portée aux nues cette année. Récompensée par les Golden Globes de la meilleure comédie et du meilleur acteur pour son créateur et interprète Donald Glover ( Seul sur Mars, Community), s'offre une session de rattrapage. À partir de ce jeudi, OCS City rediffuse la première saison de la comédie grinçante et onirique sur deux cousins afro-américains fauchés qui tentent de percer sur la scène musicale de la capitale de l'État de Géorgie, et dont les péripéties révèlent les vexations quotidiennes qu'affronte la communauté noire.

Pour décrypter le phénomène, Le Figaro avait interviewé en avril dernier Brian Tyree Henry, l'interprète d'Alfred, alias Paper Boi, dont le succès balbutiant inspire son fantasque cousin Earn (Donald Glover en train de tourner dans le film Star wars sur la jeunesse de Han Solo) à devenir son manager. Pour le meilleur et pour le pire....

LE FIGARO - Pourquoi avoir dit oui à Atlanta?

BRIAN TYREE HENRY - Mon agent m'avait présenté le script du pilote en me disant "ce rôle est fait pour toi". Je suis tombé amoureux d'Alfred. Il m'a rappelé tous les "Alfred" de mon entourage qui n'ont jamais voix au chapitre. Comment résister à un personnage si honnête, si simple et insignifiant.

Pour percer dans le milieu du rap, Alfred se crée un alter ego, Paper Boi. Comment avez-vous abordé cette dualité?

Paper Boi n'est pas Alfred, et Alfred n'est pas Paper Boi. Mes amis qui ont grandi, comme mon personnage, à Atlanta ont été une grande source d'inspiration. Il est si facile de ranger Alfred dans une case au vu de son origine, de ses goûts vestimentaires et même au vu de la manière dont il garde le silence. Je voulais juste qu'il soit représentatif de ceux qui n'ont jamais l'occasion de s'exprimer ou de contribuer à quoi que ce soit et qui ont le droit, comme tout le monde, de s'amuser.

Avez-vous beaucoup en commun avec lui?

Nous en sommes au même point dans la vie et nous évoluons ensemble. Ce personnage me fait garder les pieds sur terre. Atlanta m'a interpellé sur de nombreux enjeux.

Pas trop intimidé à l'idée de montrer vos talents musicaux?

Je n'ai pas cherché à me préparer, même pas à entraîner ma voix. Je voulais laisser le naturel prendre le dessus. Le vrai défi, cela a été la chaleur. Surtout quand on filmait des scènes dehors dans le canapé en cuir d'Alfred! Je suis un radiateur naturel: dès que j'inspire, je transpire. Alors imaginez-vous ce que cela donne quand on est livré au soleil du Sud! Il fallait de facto accepter d'être en sueur (rires).

Vous avez fait vos études supérieures à Atlanta et connaissez bien la ville. Trouvez qu'elle a beaucoup changé?

Atlanta est littéralement la ville qui m'a façonné. De 18 à 22 ans, elle a créé le paysage mental de l'être humain que je suis aujourd'hui. Là-bas, je n'ai jamais douté de qui j'étais ou de ce que je voulais être. Atlanta m'a offert la liberté et m'a appris à prendre les choses comme elles viennent et à en profiter.

Atlanta a été salué pour montrer dans toute sa simplicité le quotidien d'une bande d'amis sans céder à la tentation des stéréotypes associés habituellement aux rappeurs.

Nous vivons dans une société qui nous fait croire que nous connaissons quelqu'un en fonction du nombre d'abonnés qu'ils possèdent, de la région dans laquelle ils vivent, de la musique qu'ils écoutent. Pourtant, nous sommes tellement surpris par ce que nous ignorons sur une personne. Nous devrions toujours être ouverts aux gens qui nous excitent, qui par leur présence nous révèlent des facettes inconnues de notre personnalité. Atlanta marche car les spectateurs se reconnaissent dans ses histoires. Atlanta rappelle qu'il n'y a aucune honte à être le rebelle, le perdant ou juste le gars ordinaire.

Atlanta est une série engagée. Sous ses abords comiques, elle parle des violences policières, des maladies mentales, du racisme...

La télévision a toujours eu ce don troublant d'atteindre les tréfonds de l'humanité et de faire entrer dans les salons des idées que les spectateurs refuseraient d'entendre si vous essayiez d'évoquer avec eux ces problèmes. Il est important que chaque individu réalise qu'il peut contribuer à changer les choses. Aussi longtemps que je vivrai, je me battrai pour mes droits.



Source : TVMag



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