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Lagos et ses îles pour ultra-riches

  Business, #

Un pont de plus de dix kilomètres, le plus long d'Afrique. C'est ce qu'il faut pour relier le continent aux îles de Lagos. Le Third Mainland bridge rapproche les deux cités, les deux mondes : le Mainland, la ville principale, et les îles, les quartiers de Ikoyi et Victoria island, où les plus riches ont élu domicile.

 

 

A l'entrée du Third Mainland bridge, sur la droite, on aperçoit Makoko, le quartier le plus déshérité. Une ville sur pilotis, une ville dans la ville. Celle où habitent les plus démunis, ceux qui n'ont pas pu se loger sur la terre ferme. Ils sont des centaines de milliers dans ce cas.

A l'autre extrémité du pont sur la gauche, on voit Banana island. Une autre ville dans la ville. Une immense résidence sécurisée où s'installent les plus prospères. A Banana island les appartements se vendent plusieurs millions de dollars. Banana island marque l'entrée d'Ikoyi. La porte du monde des riches.

Un monde qui n'a rien à voir avec celui du Mainland. 70 % des Nigérians vivent avec moins de 2 dollars par jour. En semaine, des représentants des classes moyennes ou des milieux populaires viennent travailler sur les îles. Bien souvent ils passent cinq à six heures dans les transports pour atteindre cet éden.

Mais le dimanche, Ikoyi et Victoria island redeviennent la priorité exclusive des nantis. Dans les rues, les Porsche, les Rolls et les Lamborgini sont de sortie. Elles permettent notamment de se rendre du domicile à l'hôtel de luxe où il est de bon ton de " bruncher ".

Clubs et villas

A Ikoyi, se côtoient la " old money " et la " new money ". Afin de se protéger de la compagnie trop envahissante des nouveaux riches, les " élites " disposent d'une foultitude de clubs. " Ikoyi club ", " polo club ", " boat club ", " yacht club " " tennis club ". Vous l'aurez compris, il ne suffit pas d'acheter une raquette, un cheval ou un bateau pour pouvoir intégrer ces mondes. Il faut aussi que des membres dudit club jugent que vous n'allez pas faire tâche dans le paysage.

 

Ces clubs sont bien entendu des héritages de la colonisation britannique. Ikoyi était d'ailleurs, le quartier " exclusif " où vivaient les Britanniques dans de grandes villas coloniales dotées de vastes jardins peuplés de flamboyants, de manguiers et de frangipaniers. Les Britanniques sont presque tous partis. Mais les nouvelles " élites " ont décidé de vivre dans les mêmes quartiers et d'adopter, bien souvent, les mêmes rites et mœurs.

L'influence britannique

Dans ces quartiers, il est de bon ton d'avoir un accent britannique " posh " (chic), feint ou réel. Nombre de rejetons de cette bourgeoisie ont d'ailleurs acquis très tôt un accent britannique de bonne facture. Leurs parents les envoient dès l'âge de six ans dans des " boarding school ", des pensionnats, en Grande-Bretagne.

 

Il est également bien vu de posséder un petit chez soi du côté de Chelsea à Londres. Voire plusieurs petits chez soi. Voire beaucoup de chez soi. Les Nigérians ont massivement investi en Grande-Bretagne. Des centaines de milliers d'entre eux possèdent d'ailleurs la double nationalité.

Ces îliens ne souffrent guère de la déliquescence du système scolaire nigérian ou de celle de son système hospitalier. Dans ce pays de 180 millions d'habitants, il n'existe pas encore de centre de traitement des cancers dignes de ce nom. Qu'à cela ne tienne, les " îliens " se font soigner en Grande-Bretagne, en Suisse ou aux Etats-Unis Ils ont le chéquier et les relations qui leur permettent d'obtenir des visas et de payer les factures d'hôpital en Occident.

Ils font leur shopping à Londres. Et ne manquent jamais de rappeler que la société nigériane, tout comme la britannique, est une société de classe. Ils s'étonnent ainsi des égards dont certains Occidentaux peuvent témoigner avec leur personnel de maison. " Pourquoi devrais-je me montrer courtois avec quelqu'un qui n'a pas étudié dans une bonne école et qui ne maîtrise pas l'anglais ? ", s'insurge ainsi une maîtresse de maison à Ikoyi.

Sécurité maximale

Sur les îles, la criminalité est bien moindre que sur le continent. Leurs habitants peuvent presque oublier qu'ils vivent dans un pays au taux de criminalité élevé. La très grande majorité des expatriés vivent aussi sur les îles. " La police surveille particulièrement Ikoyi et Victoria island. S'il arrivait malheur à un riche nigérian ou à un expatrié, ce serait très mauvais pour l'image de la ville ou pour le business, cela pourrait faire fuir la communauté d'affaires " souligne Ola Balogun, un haut fonctionnaire nigérian.

 

Lagos concentre la richesse de la nation. A elle seule, la capitale économique du Nigeria possède un PIB égal à celui de la Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Cameroun réunis. L'essentiel de cette richesse est concentré sur les îles. Le yacht d'Aliko Dangote, l'homme le plus riche du continent, mouille dans la lagune, entre Victoria island et Ikoyi.

Lorsque le virus Ebola a touché Lagos, le haut fonctionnaire Libérien porteur du virus a été hospitalisé à proximité d'Ikoyi. Dans un premier temps personne ne le savait contaminé par Ebola. La mobilisation a été sans précédent. " A Ikoyi, Ebola a fait beaucoup plus peur que Boko Haram. Boko Haram frappe d'abord des gens pauvres dans des régions déshéritées. Mais Ebola peut tuer aussi bien les riches que les pauvres. Du coup, les riches d'Ikoyi se sont mobilisés à toute allure pour éviter une catastrophe sanitaire et économique ".

Nombre d'habitants des îles mettent un point d'honneur à ne jamais se rendre sur le Mainland, réputé très dangereux. Ils n'y vont que lorsqu'ils sont vraiment obligés de le faire. Avec une escorte de préférence et jamais la nuit.

Un écart qui se creuse

Ces derniers mois, le gouverneur de Lagos a encore renforcé le contraste social entre les deux villes. Comme Ikoyi et Victoria island sont les vitrines de Lagos, les vendeurs à la sauvette en ont été chassés. Les petites boutiques dont les cahutes mordaient sur la chaussée ont été détruites. De même que les " bush bar ", des paillotes où la bourgeoisie locale aimait s'encanailler à l'occasion. Les transports en commun populaire tels que les okada (moto-taxis) n'ont pas le droit de cité dans nombre de rues. Lagos qui se veut le New York de l'Afrique veut faire table rase de ses pauvres, du moins sur les îles.

 

Ailleurs, de l'autre côté du pont, ils sont plus nombreux que jamais. Déjà peuplé de vingt millions d'habitants, Lagos ne cesse de croître. Chaque semaine, des milliers de Nigérians et d'Africains d'autres nationalités y débarquent à la recherche d'une vie meilleure.

La séparation entre les deux mondes est de plus en plus grande. Déjà, le chanteur Fela, décédé il y a près de vingt ans, avait composé une chanson intitulée Ikoyi blindness (l'aveuglement d'Ikoyi) pour dénoncer le fait que ces beaux quartiers ignoraient tout du sort du reste de la population.

Business class

Mais les habitants des îles ont au moins une fois l'obligation de se rendre sur le Mainland. Afin de voyager à Londres, New York, Genève ou Paris, il leur faut traverser les quartiers populaires qui mènent à l'aéroport international.

 

Un court moment de frayeur avant de rejoindre la business class. Dans ce milieu, il ne viendrait à personne l'idée de voyager autrement qu'en business. La classe éco n'est pas leur " cup of tea ". Elle constituerait une immense faute de goût. Et l'auteur de cette erreur fatale deviendrait immédiatement la risée de son groupe " d'amis ".

Après le chaos du Mainland, il est réconfortant, pour eux, de retrouver l'aéroport londonien d'Heathrow et le quartier de Chelsea. Ces lieux si rassurants et familiers. Là où l'on rencontre tant de gens si bien élevés qui mériteraient d'être admis dans les clubs " so chic " et " exclusifs " d'Ikoyi. Des gens qui comprennent aussi que cela ne peut plus durer. Que les impôts sont trop élevés en Grande-Bretagne, comme partout ailleurs dans le monde. Des gens qui comprennent que seul un attachement sentimental fait que, selon eux, les riches Lagotiens conservent leurs propriétés à Londres. Ces riches Lagotiens, qui à leurs dires, n'en peuvent plus d'être écrasés par les impôts.

Au fond, les îles - la Grande-Bretagne comme Ikoyi - rassurent et protègent. A Lagos, la lagune constitue une barrière naturelle entre des vingt millions de Lagotiens en quête d'argent et les " élites " des îles. Comme si depuis l'époque coloniale, très peu de choses avaient changé dans le monde feutré des riches.

? La suite de nos histoires nigérianes vendredi 2 décembre



Source : RFI


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