Des femmes, des dieux et du sang : les plus grandes reines d'Afrique

  Culture & Loisirs, #

L'Afrique, continent vaste et pluriel. Si celui-ci a donné naissance à l'humanité, il a aussi vu grandir des femmes farouches, intrépides et courageuses. Princesses guerrières, souveraines intraitables, amantes passionnées... Voici une sélection des grandes dames qui ont dominé l'Afrique et ses empires à travers les siècles.

Par Coumbis Hope Lowie

 

Les Candaces, reines noires d'au-delà du Nil

1000 ans avant Jésus Christ, le royaume de Koush. Entité prospère et fantasmée d'une longévité étonnante, située au sud de l'empire égyptien antique. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Durant plus de 2000 ans, les pharaons s'acharnent à piller les richesses et les mines d'or de la Nubie et à asservir le peuple du pays des " noirs ". Mais puisque sur Terre rien ne dure, la puissance des monarques venus du Nord commence à s'épuiser, l'Égypte perd un peu de sa superbe. Cette baisse de pouvoir permet la naissance du royaume de Koush, où la femme jouera un rôle primordial.

 

Au cœur de l'Afrique, sur un territoire chevauchant l'Ethiopie et le Soudan actuels, se tient un royaume recouvert de kilomètres de terre noire et fertile, de temples monumentaux et de pyramides gigantesques. Ce pays, qui aurait été la demeure de Tsippora, femme de Moïse, et des descendants de Salomon et de Makéda, Reine de Saba, a aussi été celle d'une lignée de grandes souveraines guerrières, portant chacune le nom de Candace. Un changement politique et religieux, inspiré des empires africains matrilinéaires, permet l'arrivée des femmes au pouvoir.

 

Néfertiti, la beauté révolutionnaire

On ne peut parler des plus grandes reines africaines sans mentionner Néfertiti, dont le charme a inspiré tant d'écrivains à travers les siècles. Celle dont le prénom signifie " la belle est arrivée " porte toujours en elle tout le mystère et la grandeur de l'époque des pharaons. Maîtresse de toutes les femmes, la Dame des deux terres, la Bien-Aimée du Roi... L'ensemble de titres honorifiques existants ne semble pouvoir égaler sa prestance. Dès sa venue au palais, le gratin de la société égyptienne chuchote et s'interroge sur la provenance de cette belle et très jeune femme, à peine âgée de 13 ans. Certains affirment qu'elle serait la nièce de la Reine Tiyi. D'autres, mauvaises langues, n'hésitent pas à contester son origine noble. Selon eux, elle n'aurait pas une seule goutte de sang bleu dans les veines. D'autres encore scandent qu'il s'agirait de la fille préférée d'un certain Toushratta, roi de Mitanni, un royaume situé à l'extrême nord de la Syrie. Le souverain aurait voyagé des nuits durant pour offrir la main de sa fille à un illustre monarque. Si les récits sont nombreux et les sources divergent, beaucoup refusent d'admettre que cette beauté soit étrangère à l'Égypte. Mais l'origine incertaine de sa naissance et la forme harmonieuse de son visage pousse le peuple égyptien à surnommer leur nouvelle reine Néfertiti, La Belle est arrivée. Alors que la future souveraine impressionne tout l'empire, elle fait également une forte impression sur son époux. Amenhotep IV tombe éperdument amoureux de la Grande Épouse Royale dès qu'il l'aperçoit. Petit à petit, il délaisse son harem et les bras de ses concubines pour se consacrer à celle qu'il appelle Ma Bien-Aimée.

 

Les fresques et reliefs des murs ancestraux sont les témoins de la relation étroite qui unit les deux époux : représentation du couple royal commandant les troupes, les conjoints sur leur trône, Néfertiti et Amenhotep s'embrassant en public, sur un char en or massif tiré par deux chevaux blancs, elle est délicatement assise sur les genoux de son époux. Jamais un monarque égyptien ne voua un tel culte à une femme et ne consacra autant de place à son épouse, demandant sans cesse à ses artisans de sculpter le visage de sa belle dans le but de la rendre immortelle. Pour lui prouve son amour, il lui laissera aussi des poèmes gravés dans la pierre. Des vers rapportant sa beauté, l'allure de "celle dotée de toutes les qualités et de toutes les faveurs, celle dont la voix réjouit le roi, qu'elle puisse vivre pour toujours et à jamais ".

 

Le nombre de représentations murales de Néfertiti reflète l'importance de son rôle, que certains jugent encore plus important que celui du pharaon. En plus de prendre des décisions politiques et militaires, elle exerce une grande emprise sur son époux, qu'elle poussera à mener une réforme religieuse extrêmement controversée. Néfertiti veut que son nom résonne à travers les âges et qu'on se souvienne d'elle comme de la femme qui changea la face de l'Égypte. Souhaitant à tout prix lui plaire, Amenhotep, contre l'avis de ses conseillers, suit son épouse dans sa démarche spirituelle. À deux, ils initient le culte rendu au dieu du disque solaire, Atona. Les époux ordonnent la destruction des autres idoles et nomment Atona le dieu suprême. Néfertiti s'érige en grande prêtresse et devient ainsi l'intermédiaire entre les hommes et le dieu. Désormais, nul ne peut prier Aton sans la louer. Ils marquent ce changement radical dans le culte d'Égypte antique en changeant de nom. La reine devient Néfernéferouaton, Belle est la perfection d'Atona, et Amenhotep IV prend le nom d' Akhénaton, Celui qui est bénéfique à Atona. Scellant ostensiblement la rupture avec l'ancien régime, le couple royal quitte ses palais de Thèbes et de Memphis et part s'installer dans La ville de l'horizon d'Aton, Akhet-Aton, cité lumineuse bâtie dans la plaine, entre le Nil et les falaises.

 

Malheureusement, ce bouleversement marque la fin de l'entente harmonieuse du couple. Ses proches, craignant de voir d'autres réformes défigurer les traditions, tentent de semer le trouble dans son bonheur. Des clans se créent, la reine et Akhenaton n'arrivent plus à communiquer. Après douze ans d'amour, ils se séparent définitivement. Akhenaton ne supportant plus de partager la demeure de Néfertiti, renie ses promesses à Atona et rentre à Thèbes. Orgueilleuse, Néfertiti le traite de lâche et décide de rester à Akhet-Aton, ne voulant pas laisser le désespoir mettre fin à ses rêves de grandeur et de renouveau. Mais petit à petit, les habitants désertent la nouvelle capitale, laissant la Reine seule dans son grand palais. Elle a maintenant 25 ans et elle sent son règne et son pouvoir s'essouffler. Pour que la beauté de son regard demeure éternelle, Thoutmôsis, célèbre sculpteur royal, taille son buste, qui deviendra légendaire.

 

À 30 ans, Akhenaton meurt à la suite d'une maladie longue et douloureuse. Comme manifestation ultime de son amour, il demande de tailler le visage de Néfertiti aux quatre coins de son sarcophage en granite. Souhaitant que son épouse principale protège sa momie après sa mort, il lui attribue ainsi un rôle traditionnellement dévoué aux grandes déesses telles que Neith, Neb-Hout ou encore Aset. Nul ne connaît le sort final de Néfertiti. Est-elle morte seule dans son grand palais vide ? Est-elle retournée au chevet de son bien-aimé ? Les pharaons qui succédèrent au couple révolutionnaire maudirent la cité d'Akhet-Aton et effacèrent toute trace d'Akhenaton, de la belle Néfertiti et du dieu soleil. Jusqu'à ce qu'un archéologue découvre les vestiges de la ville mystique en 1912 et dévoile sa grandeur au monde.

Ririkumutima Mwezi, l'ambitieuse marâtre

La vie de Ririkumutima Bizama hitanzimiza Mwezi ressemble à celle des méchantes reines des dessins animés de Walt Disney, remplie d'un amour machiavélique pour le pouvoir et d'une volonté farouche de l'obtenir et de le garder. À n'importe quel prix, même celui du sang.

 

La reine et Ntibanyiha se vouent une haine mutuelle et profonde depuis bien longtemps. Cette dernière en veut à Ririkumutima de lui avoir arraché son fils dès l'accouchement et la promesse de la future intronisation de Mbikije lui offre la parfaite occasion de se venger. Savoir que sa rivale s'apprête à prendre sa place pousse la reine à planifier son assassinat ainsi que celui de son fils.

 

Tasi Hangbè, la reine libertine et ses amazones

Le nom Dahomey s'est petit à petit effacé des mémoires et des conversations. Aujourd'hui, il n'évoque plus la grandeur d'autrefois. Mais jadis, le royaume situé dans le sud-ouest de l'actuel Bénin a vécu des péripéties dignes des plus grands films hollywoodiens. Comme l'histoire de la Reine des Mino, les amazones protectrices du royaume.

 

Considérant les femmes tout aussi capables que les hommes, la reine fonde un régiment de combat exclusivement féminin, son corps d'amazones. Les Mino, quelques 4000 femmes entrainées à tuer sans sourciller. Choisies, dès l'adolescence, parmi les esclaves les plus robustes, elles sont formées à vénérer leur souveraine et à lui donner leur vie. Armées de flèches empoisonnées et d'immenses machettes, elles ne s'éloignent jamais de la reine lors des combats. Elles ont la réputation de décapiter leurs prisonniers et de brandir les têtes ensanglantées comme un étendard destiné à faire flancher la fougue de l'ennemi. Si Tasi Hangbè assume avec brio et stratégie son rôle de souveraine, beaucoup lui reprochent encore son appétit et sa liberté sexuelle. Ses détracteurs, indignés d'être gouvernés par une reine débauchée, organisent en secret l'assassinat de son fils unique. Il fait nuit noire quand l'une des amazones informe la reine de la mort de celui-ci. La légende raconte qu'elle ne versa pas une larme et ne fit aucun commentaire. Elle restera silencieuse jusqu'au prochain grand conseil royal.

 

Ce jour-là, Tasi Hangbè entre dans la salle des hommages. Richement vêtue de ses pagnes en kita, elle s'installe sur le trône. Elle regarde l'assistance et écoute les chants et les tam-tams. On évoque sa bravoure au combat, sa grandeur de reine, ses amazones intrépides et sa douleur de mère ayant perdu son fils. C'en est trop. Tasi se lève et se place au centre de la pièce. Elle dénoue doucement ses pagnes et se retrouve nue devant une assistance bouche-bée. Elle tend le bras vers l'une de ses suiveuses, qui lui présente un vase rempli d'eau. La reine y glisse sa main et se lave les parties intimes. L'assistance est outrée. Mais Tasi Hangbè n'en a cure, elle hurle sa haine et sa douleur. Elle maudit l'assemblée et tout le peuple du Dahomey, lui souhaitant un malheur sans fin. Elle renonce à son titre de reine et sort de la pièce, à jamais. Si la misogynie et l'orgueil du roi Agadja, son successeur, a largement effacé la reine Tasi Hangbè de l'histoire officielle du Dahomey, le monde se souvient encore de ses amazones, qui ont fait trembler leurs ennemis autant qu'elles les ont fait fantasmer.

 

 



Source : Vanity Fair



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Samir
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