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Immigration : je vis à New York, la France devrait s'inspirer de cette Tour de Babel

  Culture & Loisirs, #

Le FN vient de récolter 25% des voix lors des dernières élections européennes. À New York, de là où elle vit, Sandrine Kukurudz s'interroge sur les causes de ce score. Pourquoi, dans la bouche de la France, le communautarisme sonne-t-il comme une maladie ? Pourquoi en avoir peur ? Autant de question que notre contributrice tient à soulever.Témoignage.

La célèbre Times Square à New York, et ses publicités numériques géantes, le 19 mars 2014 (R.LEVINE/SIPA).

 

"Quand j'étais enfant, il n'y avait ni juifs, ni arabes, ni chrétiens... Il n'y avait que des copains."

En lisant cette phrase sur Facebook cette semaine, j'ai eu le sentiment désagréable que quelque chose s'était effectivement cassé en France. Que les tensions intercommunautaires avaient creusé un fossé qui faisait de la France de notre enfance un souvenir doux et lointain. Tout le monde a fini par se détester dans la France de 2014.

22 étages et autant de nations

Pourtant, il est possible de vivre en bon entente entre communautés. New York a réussi ce pari, même si beaucoup de quartiers sont encore ghettoïsés et que les ethnies aiment à rester entre elles. Et alors ? Si finalement, il ne fallait pas chercher à intégrer de force les immigrants pour que la génération d'après se sente parfaitement assimilée ?

 

Je vis dans le Queens, un des quartiers périphériques de New York. Ici le monde entier cohabite.

Dans mon immeuble de 22 étages, je salue toutes les nations du monde et côtoie sari, tchador ou kippa. Dans mon immeuble personne n'échange de regards haineux, ne souligne la différence de l'autre et oserait se plaindre des effluves des cuisines épicées. Chacun vit à côté de l'autre, respectueux de sa différence et de ses traditions.

Il en est de même à l'école. Ma fille est la seule européenne de l'ouest de sa classe. Ses amis sont des Russes, des hispaniques, des Chinois, des Maliens, des Philippins ou des Pakistanais. Chacun parle la langue de ses parents et l'anglais d'un pays qui les a vu naître.

Hanouccah, Noël, le Nouvel an chinois

Ces enfants sont Américains le jour et retrouvent la langue et la cuisine de leur culture centenaire le soir. On raconte son histoire, on parle de ses coutumes, on est plutôt fier de ses origines. À l'école, on fête Hanouccah, le Nouvel an chinois et Noël a peu près à la même période !

 

Mister Lee, le professeur de maths est venu en costume traditionnel pour célébrer la nouvelle année de son pays d'origine. La professeur d'art, hindoue, a célébré la fête des couleurs comme en Inde, avec ses élèves ravis. Pendant le mois de l'héritage afro-americain ou hispanique, on explique les traditions et l'histoire de ces communautés et les élèves issus de ces cultures apportent des plats de leur pays, qu'ils partagent avec leurs copains.

Des foulards ? Il y en a pas mal à Manhattan. Mais au pays du 11 septembre, paradoxalement, ça ne gène personne dans la rue. Même les baraques à hot-dogs servent du hallal à chaque coin de rue. Des kippas ? Il y en a dans chaque quartier, avec des religieux tout de noir vêtus, qui font partie du décor de la ville. Des Pakistanais ? C'est sûrement l'un d'eux qui vous chargera dans son taxi jaune, à moins que ce ne soit un perse à la langue chantante.

Chez moi, le vendeur de fromages européens et le poissonnier de luxe sont Chinois, ma pharmacienne est Philippine, mon sommelier est Irlandais et mon boulanger Français. Et chaque jour, je réalise le luxe de vivre dans cette tour de Babel où chacun parle son langage et celui de l'autre.

Le communautarisme ? Mais où est le problème ?

En France, on m'oppose ce communautarisme intolérable de l'Amérique. Peut-être ! Mais si c'est là le premier stade d'intégration, alors pourquoi pas ? Tous les enfants issus de cette génération d'immigrants sont des petits américains, quelque soit la forme de leurs yeux ou la couleur de leur peau.

 

Si leurs parents ont eu besoin de recréer un Chinatown, un Russian land ou un Korean quartier en plein cœur de New York, c'est peut être pour ne pas se sentir étrangers en les terres de l'Oncle Sam. Rassurant, ce cocon "familial" les a préservés de l'incompréhension du monde extérieur. Leurs enfants se battent, eux, pour faire parti du peuple américain. Et ils y arrivent parfaitement bien.

Il suffit d'assister à un match de basket ou de football et de voir tous les spectateurs entonner d'une même voix l'hymne national, la main sur le cœur. Dans un pays qui s'est construit sur l'immigration, l'étranger fait partie de la nation. D'ailleurs, même nous Français, avons tendance dans notre grande majorité à nous regrouper entre Français, se sentant rassurés de partager une langue qu'on maîtrise et une culture qui est nôtre.

En France, où l'on a cherché à assimiler au nom de la République, force est de constater qu'en 2014 ça n'a pas marché comme on l'aurait souhaité. Et que cet échec est une des raisons qui a permis au Front national de capter 25% des votes lors des Européennes.

Il n'y a pas de recettes miracles. Il n'existe pas de paradis sur Terre. Mais on peut tirer les leçons d'expériences vécues...C'est ce que je fais aujourd'hui, après avoir passé 38 ans en France et 8 aux États-Unis.



Source : leplus.nouvelobs.com


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celine
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