Les "Nappy" : "libres" jusqu'au bout des cheveux afro

  Mode & Beauté, #, .

"A 19 ans, je me suis offert la liberté comme cadeau de Noël : un "big chop?!", se souvient Aminata, 24 ans, originaire de Mantes-La-Jolie (Yvelines).

Le "big chop" consiste à couper l'intégralité des cheveux abîmés par le défrisage pour retrouver sa base crépue ou frisée, une étape initiatique "éprouvante" dont dépend tout le parcours capillaire du retour au naturel.

La Franco-Guinéenne se définit comme "nappy": natural and happy (la dénomination ne fait pas consensus, certains l'assimilant à une insulte).

Ce mouvement, né aux Etats-Unis dans les années 2000 regroupe une communauté d'afro-descendants qui proclament leur "bonheur" (happy) de porter leurs cheveux "naturels" (natural). Leurs motivations varient : préférence esthétique, rejet du chimique, revendications politiques...

Arborer une coiffure afro naturelle intrigue

A six ans, Aminata "suppliait" sa mère de défriser ses cheveux pour cacher sa "différence" à l'école. A force d'utiliser les produits chimiques, elle perd "50% de ses cheveux" à l'adolescence, révélant "des trous sur (son) crâne". Un "traumatisme" qui la questionne. A qui cherchait-elle à ressembler??

Le défrisage a été utilisé par les Noirs pour "s'intégrer" dans une société "qui ne voulait pas de ces corps-là", relève la sociologue Juliette Smeralda, alors que "l'art de la coiffure (afro) était à son apogée avant la colonisation et la mise en esclavage des Noirs"*.

Aujourd'hui encore, arborer une coiffure afro naturelle intrigue, voire dérange. A l'une, un collègue se permet de toucher les cheveux car "c'est original", à l'autre, on rappelle de "venir coiffée" au travail.

Le 22 octobre, un magazine anglais a publié en Une la photo de Solange Knowles, soeur de Beyoncé, célèbre notamment pour sa chanson "Don't touch my hair" (Ne touche pas mes cheveux). Mais la rédaction a effacé la moitié de sa coiffure, provoquant l'indignation de la star.

pic.twitter.com/uitwWdKtua- solange knowles (@solangeknowles) 19 octobre 2017

 

 

Where art & music collide \ud83c\udfa8 @solangeknowles on the influence of her mother, retaining control and where she's going next... #ESmagazine pic.twitter.com/6qO7dHBoI5

- ES Magazine (@ESMagOfficial)

 

19 octobre 2017

La critique fuse aussi dans l'intimité. Les remarques des "filles de la cité", à Fontenay-aux-Roses, qui poussent Cynthia à se défriser à 19 ans. "Un petit ami, africain qui ne voulait pas sortir" avec Magalie, des Yvelines, si elle "n'avai(t) pas les cheveux lissés".

De quoi a besoin le cheveu afro?? "D'amour?! "

En France, cette tendance contribue à "questionner (...) la place que les minorités s'autorisent à se faire avec leur apparence physique", souligne Rokhaya Diallo, co-auteure du livre "Afro?!" (Les Arènes, 2015), fruit de plus d'une centaine de témoignages, exposés jusqu'à dimanche à la Maison des Métallos à Paris.

"Il y a une libération. La génération des trentenaires a provoqué la révolution", estime Juliette Smeralda.

Locks, "twist out", crochets... Les clientes ont le choix chez Boucles d'Ebène, rare salon français de coiffure spécialisé dans le cheveu naturel frisé et crépu, ouvert en 2011 à Bagneux (Haut-de-Seine).

Ce dimanche, sa cofondatrice Aline Tacite apprend à des mères à s'occuper naturellement des cheveux de leurs enfants : deux mamans défrisées pendant leur adolescence, une troisième, blanche, venue de Toulouse avec sa fille adoptive.

"De quoi a besoin le cheveu afro??" lance la coiffeuse. "D'amour?!", sourit une participante. "Oui", rebondit avec sérieux Aline Tacite : "il en a manqué pendant des siècles".



Source : SudOuest.fr



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