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Lionel Zinsou, financier paradoxal

  Politique, #

Il joue volontiers le "Béninois de service" aux universités d'été du Parti socialiste à La Rochelle ou dans les clubs de réflexion économique, mais prévient d'emblée : "Mon histoire est beaucoup moins exotique qu'on ne veut le croire, le Bénin, pour moi, ce sont surtout des souvenirs de vacances."

Lionel Zinsou, grand échalas métisse de près de deux mètres, et tout nouveau patron du fonds d'investissement PAI Partners, est né à Paris, dans le 14 e arrondissement. Fils d'un père médecin béninois et d'une mère française, surveillante des Hôpitaux de Paris, le jeune Lionel a fréquenté les meilleurs lycées parisiens, notamment Louis-le-Grand, l'antichambre des grandes écoles, où il a rencontré son épouse. Parcours ordinaire d'une future élite de la France ? Pas tout à fait.

Neveu de l'ancien président du Bénin, Emile Derlin Henri Zinsou, chassé par un coup d'Etat en 1969, le quinquagénaire n'est pas un homme d'affaires comme les autres. Non sans dérision, il explique sa distinction par sa couleur de peau, quasi inédite dans le milieu. Mais il n'y a pas que ça. Evidemment. Lionel Zinsou, "surimpliqué" dans les problématiques du continent africain - il est, entre autres, président du think tank CapAfrique et s'entretient régulièrement avec l'actuel président du Bénin, Yayi Boni -, aurait pu facilement endosser le rôle d'un technicien afro-optimiste de l' aide au développement.

Alors pourquoi avoir opté pour la carrière de financier ? Qui plus est à la tête du fonds d'investissement PAI Partners réputé pour recruter les plus voraces d'entre eux ? Les fonds comme le sien sont, en effet, accusés d' acheter les sociétés à vil prix, de les surendetter, de les dépecer, avant de les revendre à bon prix. L'infortune liée au sort du fabricant de toitures Monier, que PAI aurait manqué d' envoyer au tapis avant de le céder à ses créanciers, ne fait que renforcer la contradiction entre cette profession et l'image que Lionel Zinsou veut bien donner de lui. Lui n'y voit aucune incohérence.

"Les fonds de capital-investissement comme PAI ont très mauvaise réputation en Occident, on les confond souvent avec des hedge funds (les fonds spéculatifs), mais dans les pays en développement ils sont le maillon manquant pour développer les entreprises", explique-t-il. En Europe, les fonds seraient, à ses yeux, un précieux outil pour les PME. La finance n'était toutefois pas une évidence pour le Franco-Béninois. L'homme a d'abord été sérieusement tenté par la sphère politique. Tout a commencé lors de sa rencontre avec Laurent Fabius, son professeur d'économie à l'Ecole normale supérieure, rue d'Ulm. Entre lui et l'ancien premier ministre de François Mitterrand, le courant est tout de suite passé.

Après Ulm, Laurent Fabius demande à son ancien élève de devenir sa plume. C'était "la période Matignon" se souvient, nostalgique, l'ancien chef de gouvernement, qui décrit Lionel Zinsou comme un homme "modeste", à l'intelligence affûtée. Mais aussi et surtout comme quelqu'un de rare et fidèle. "Un homme de confiance", dit-il.

Qu'il l'ait quitté pour rejoindre le privé, d'abord chez Danone, puis plus de dix ans au sein de la banque Rothschild et, enfin, chez PAI Partners ne change rien. "C'est un ami", assure M. Fabius. Doté d'une "vraie éthique", ajoute-t-il. De quoi faire taire les méchantes rumeurs qui décrivent Lionel Zinsou comme un intrigant. D'aucuns l'accusent d'avoir trahi son ancien patron Dominique Mégret. De l'avoir piétiné lorsqu'il était affecté par les déboires liés à cet investissement malheureux dans Monier. Lionel Zinsou aurait profité de cette période trouble pour gravir les échelons et devenir calife à la place du calife. Dans l'entourage de PAI Partners, avenue de l'Opéra à Paris, l'on décrit d'ailleurs, en ce moment, une ambiance à la "Dallas", où Lionel Zinsou pourrait facilement endosser le rôle de JR Ewing.

L'accusé encaisse, un brin amer, sans toutefois prendre les choses très au sérieux. "On m'a aussi accusé d'être à la tête d'un complot trotskiste", s'amuse-t-il, précisant bien qu'il n'a pas sa carte du PC ni celle du PS. Dans ce mauvais feuilleton, Lionel Zinsou estime d'ailleurs avoir déjà remporté une bataille. Le 3 décembre, les investisseurs qui s'étaient engagés à l'époque où M. Mégret dirigeait le fonds ont voté à 81,3 % pour soutenir la nouvelle équipe et continuer à traiter avec lui. "Une victoire électorale", assure-t-il. Même si l'opération nécessite aussi de renoncer à une grosse partie de l'argent qui avait été promis pour financer les prochaines opérations de PAI. Mais, pour le dirigeant, c'est parce que la crise est passée par là.

Pour autant, Lionel Zinsou n'est pas un tendre. "C'est un humaniste réaliste", résume Grégoire Chertok, associé au sein de la banque d'affaires Rothschild, qui a travaillé de nombreuses années avec lui. Il sait très bien aborder les sujets qui fâchent, même si c'est "toujours avec une extrême courtoisie", précise l'un de ses amis.

Au journal Libération, où Lionel Zinsou est administrateur depuis 2005, François Wenz-Dumas, secrétaire du comité d'entreprise, le décrit comme quelqu'un de direct. "Au journal, c'est lui qui le premier a parlé d'un plan social. Il nous a dit que si on ne faisait rien, dans six mois on était mort. C'était compliqué on s'est battu mais c'est quelqu'un avec qui le dialogue est toujours possible, il ne ferme jamais la porte", explique le syndicaliste.

"En France, on a tendance à mettre les gens dans les cases, Lionel Zinsou est quelqu'un d'exceptionnel, sans doute le meilleur porte-parole de l'Afrique ici, mais c'est aussi un capitaliste et il ne s'en défend pas", signale Hakim El-Karoui, son ancien collaborateur chez Rothschild. Le Franco-Tunisien parle en connaissance de cause, plume de Jean-Pierre Raffarin lors de son passage à Matignon, agrégé de géographie, il ne se voyait aucun avenir dans la banque d'affaires. Mais après "deux fois trois heures" passées avec Lionel Zinsou, celui-ci lui a ouvert les portes du prestigieux établissement. "Je n'avais rien demandé", précise Hakim El-Karoui.

Lionel Zinsou aurait pu lui délivrer le précieux conseil qu'il répète à ses filles Marie-Cécile, Emilie et Louise âgées de 27, 25 et 23 ans : "N'aie comme limites que celles que tu t'es toi-même fixées", raconte son aînée. Une maxime ad hoc pour le développement personnel mais qui pose toutefois quelques problèmes logistiques dans la famille. "Mon père nous a toujours fait croire que la planète n'avait aucune frontière, explique Marie-Cécile, qui habite aujourd'hui à Cotonou, au Bénin, où elle préside la Fondation Zinsou créée avec son père, depuis, on voyage tous comme des cinglés !"

Pour Lionel Zinsou, qui a déjà fait l'équivalent de plusieurs tours du monde, les choses "ne s'arrangent pas". Depuis qu'il a pris la tête de PAI Partners, il a dû rencontrer 130 investisseurs dans près de vingt pays. En quelques semaines.

Claire Gatinois



Source : www.lemonde.fr


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