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Lou Doillon vs Beyoncé, on comprends maintenant sa rancœur féministe Noire vs Blanche ... mais bon !

  Société, #

C'est LA polémique du moment, Lou Doillon s'en prend plein la poire depuis deux jours parce qu'elle a émis de virulentes critiques à l'égard d'artistes féminines surexposant leur derrière dans leurs clips. Pourtant la situation est intéressante, car elle cristallise un désaccord majeur entre féministes.

Lou Doillon doit se demander ce qui lui arrive depuis son entretien dans . Si je résume bien, une féministe (Doillon) décrédibilise une autre féministe (Minaj), et par conséquent des tas d'autres féministes la décrédibilisent à leur tour. Et qui se frotte les mains pendant ce temps-là ? J'ai même lu quelques ripostes bien fines qui ont consisté à balancer les photos de Doillon à poil pour dire à quel point elle ferait mieux de se la fermer. Bravo, vraiment.

 

Je ne suis pas d'accord avec une partie des propos de Lou Doillon, et l'ai trouvé maladroite par certains aspects. Néanmoins, il faut se méfier des interviews écrites dont les retranscriptions, surtout dans une autre langue que la sienne, sont parfois dénuées de nuance. Et j'ajouterai que cette polémique aura eu pour effet de montrer à quel point la médiatisation des fesses de Nicky Minaj, Iggy Azalea, Beyoncé, Jennifer Lopez, et toute la congrégation des illuminati du booty à la tête des charts, divise profondément les féministes.

La critique la plus intéressante que j'ai lue de l'interview de Doillon est là, dans cet article paru sur Terrafemina. Il soulève l'opposition entre un érotisme admis d'une femme blanche très mince posant nue pour Playboy et Terry Richardson ( qui, par ailleurs, a de belles casseroles) et la nudité d'une femme noire à grosses fesses illico jugée vulgaire. Cet argument est tout à fait pertinent. Néanmoins, il me semble que concernant les questions de " liberté " à faire ce que l'on veut de son boule, le problème est bien plus pernicieux :

Premier problème, être libre de montrer ses fesses, c'est une chose. En faire son capital, c'en est une autre.

Je n'ai rien contre le fait que les fesses fassent partie du capital de certaines personnes comme les pornstars et stripteaseuses dont c'est clairement et sans ambiguité le travail. Ce qui me pose plus problème, c'est le cas du porno déguisé en tant qu'argument marketing pour vendre du vent. J'en veux pour exemple Kim Kardashian et son ahurissante célébrité. Qu'est-ce qu'elle fait dans la vie ? Elle chante ? Elle écrit ? Elle crée ? Elle danse ? Elle est championne de course de poney ? Non, elle est célèbre sans n'avoir jamais rien créé si ce n'est son image d'icône de la télé réalité dont une immense partie repose sur la taille de ses fesses.

Bravo, magnifique marketing, j'applaudis des deux mains. Dans le cas de Nicky Minaji on se réfère à Anaconda, on voit bien que la célébrité (ou plutôt la viralité) de l'affaire, repose uniquement sur l'omniprésence de fesses qui remuent dans tous les sens pour mieux hypnotiser le spectateur qui, soyons honnête, est plus fasciné par l'image que par la musique. Et d'ailleurs sa musique, on l'a tous remarqué, n'est jamais qu'un immense sampling de Baby got back, qui est tout de même une chanson écrite PAR UN HOMME et sortie il y a plus de vingt ans. En procédant ainsi les musiciennes ne se vendent pas elles, en tant qu'artistes, ni en tant qu'individus.

Elles ne se vendent même pas en tant que corps tout entier comme peuvent le faire les mannequins ou modèles de charmes, mais uniquement en tant qu'une seule partie du corps parfaitement localisée, en l'occurrence le cul. Même Britney Spears a eu un jour un éclair de lucidité déclarant que les pop stars comme elles étaient condamnées à se déshabiller dans les clips et qu'on l'avait déjà poussée à aller plus loin qu'elle ne le souhaitait elle-même : " Il y a beau­coup de sexe dans ce que je fais. Mais parfois j'ai­me­rais reve­nir aux vieux jours où il n'y avait qu'une tenue par vidéo, et tu danses toute la vidéo, et il n'y a pas tant de trucs sexuels qui se passent " . Montrer son cul si on en a envie, oui. Être obligée de le montrer quand ton métier c'est musicienne parce que sinon plus personne ne s'intéresse à toi, pardon, mais c'est loin d'être une libération. Et je constate que la nudité n'est argument de vente que quand t'es jeune et bonnasse. Ou que tu fais tout pour paraître jeune (Jennifer Lopez) et que tu consacres ta vie entière à avoir un corps de bonnasse.

Deuxième problème, casser une norme pour en imposer une autre n'est certainement pas libérateur.

Imposer aux femmes de faire des régimes pour être minces comme des mannequins, c'est un contrôle du corps. Imposer aux femmes de faire tous les jours des séries de squats (voire de faire un tour sur le billard) pour avoir la même silouhette que Nicky Minaj et ses collègues, c'est également un contrôle du corps. On n'est pas du tout dans une liberté d'avoir le corps que l'on veut, on n'encourage pas les femmes à s'assumer telles qu'elles sont, on n'explose pas les normes, on s'en impose simplement de nouvelles. J'en veux pour preuve cette vidéo où Nicky Minaj ridiculisent un groupe de mannequins trop maigres pour pouvoir danser sur Anaconda.

 

Pendant longtemps, notre hantise a été d'avoir " un gros cul ", ou du moins d'être grosse tout court. La quasi totalité des nanas que je côtoie ont un rapport angoissé à la nourriture, peu importe leur poids. La mode est maintenant au big butt, on pourrait se réjouir en se disant qu'enfin nous sommes libérées de cette injonction à la maigreur. Sauf qu'il y a un piège. La nouvelle injonction est d'avoir un bon pétard, certes, mais toujours avec une taille de guêpe, et pas un poil de gras. Rappelez-vous tout de même qu'il y a un an, juste avant l'été, la grande mode c'était le 30 days squats challenge (programme de squats étalé sur 30 jours), et que cette nouvelle quête du cul rond faisait suite à l'accumulation de clips avalés durant l'année centré sur les fesses d'artistes... féministes. Bon.

Lou Doillon dit maladroitement que " (s)a grand-mère s'est battue pour autre chose que le droit de porter un string ". C'est vrai, ce n'est pas bien malin comme phrase, parce que le féminisme c'est aussi le droit de porter string si on veut et sans être jugée (mais pas parce que c'est la nouvelle norme, ne perdons pas cela de vue).

En revanche, quand on est Beyoncé et qu'on a des millions de fans, on est prescriptrice de normes. Et quand pour un album on tourne une série de 14 clips qui sont essentiellement basés sur sa propre érotisation, on est en droit de s'interroger sur les normes et injonctions que cela véhicule. À l'occasion de la sortie de son album elle avait justifié ce choix ainsi : " Je pesais 89 kilos lorsque j'ai accou­ché. J'ai perdu 30 kilos après. J'ai bossé comme une cinglé pour retrou­ver mon corps d'avant. Je voulais montrer mon corps. Je voulais montrer qu'on peut avoir un enfant, travailler dur et récu­pé­rer sa silhouette " .


Ok donc le message de libération c'est qu'une fois que tu as accouché, que t'es crevée, que tu travailles comme une malade, ton but principal c'est de redevenir sexy en perdant 30kilos. Mais putain (pardonnez-moi ça m'agace) y'a combien de meufs sur terre qui peuvent se payer le luxe de consacrer tout leur temps à la reconstruction de leur corps et à perdre 30 kilos à l'aide d'un coach et d'une flopée de sbires ?

Et c'est comme ça, alors que tu viens d'accoucher et de vivre la plus spectaculaire expérience corporelle de toute ta vie, que tu subis une gigantesque pression pour retrouver ton corps d'avant. Ben oui, Beyoncé l'a bien fait alors, pour quoi pas nous ? Sérieux, y'a parfois des nanas qui m'énervent et je peux vous dire que ce n'est pas forcément Lou Doillon.



Source : www.metronews.fr


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