Médias : pourquoi l'Afrique est bénie pour Canal +

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Ce sont plus de 1 000 personnes dans une dizaine de filiales que le groupe Canal+ emploie en Afrique. Alors que sa situation se dégrade en France, le groupe de la chaîne cryptée a fait de l'Afrique "une terre d'investissement" et de revenus importants. "On est là depuis plus de 20 ans mais on a transformé nos offres", explique Jacques Du Puy, le président de Canal+ Overseas. "Aujourd'hui, on investit énormément dans les contenus, dans les chaines africaines, dans nos filiales, dans les nouveaux produits comme le SVOD (vidéo à la demande avec abonnement). L'Afrique est devenue une partie importante du business", ajoute-t-il. 

Une situation inverse de celle en France

En France, le groupe a subi plus de 650 millions d'euros de pertes et une hémorragie d'abonnés ces deux dernières années, depuis la reprise en main par Vincent Bolloré, propriétaire de la maison mère Vivendi et qui détient de multiples affaires en Afrique. Tendance inverse en Afrique francophone, avec une "croissance sur le long terme" et 2,8 millions d'abonnés. "Le nombre de clients actifs en 2016 est même de 4 millions", souligne M. Du Puy, car Canal y fonctionne avec un système de bouquets de chaînes et des cartes prépayées permettant de "s'abonner" sur des périodes courtes (événement sportif, série).

Selon le bilan de Vivendi, l'activité de Canal+, qui revendique environ 11,5 millions d'abonnés individuels dans le monde, progresse d'ailleurs de 5,7 % à l'international, tirée par l'Afrique. Comme de nombreuses multinationales, Canal+ veut bénéficier de l'émergence des classes moyennes africaines. "Avant, grosso modo, on offrait la même chose" qu'en France, souligne M. Du Puy, "on avait comme abonnés les expatriés français et les Africains riches intéressés par la France. Quelques centaines de milliers". "Avec 2,8 millions on a complètement changé de type. Maintenant ce sont des familles vraiment africaines et plutôt de classe moyenne. Elles sont francophones, mais n'ont pas forcement un intérêt pour la France proprement dite", poursuit-il. La chaîne bénéficie aussi d'un certain manque de concurrence, en raison de la qualité moyenne des chaînes nationales, la faiblesse du débit internet qui interdit les box pour le moment et de l'attente de l'arrivée de la TNT (dans laquelle Canal s'est d'ailleurs positionné, notamment en Côte d'Ivoire).

"Plus de contenus africains pour des Africains"

L'idée est donc de produire en Afrique des contenus africains pour des Africains. Via des investissements, comme dans le groupe nigérian Iroko, un des principaux acteurs de Nollywood, l'industrie nigériane du cinéma. Mais, surtout, Canal essaie d'investir dans des productions francophones, télévision comme cinéma. "On a commencé à investir dans les coproductions, les préfinancements, les achats de séries" et on soutient "des séries qu'on souhaitait voir se développer en Afrique", détaille Jacques Du Puy.

"L'équipe éditoriale" composée "de gens d'Afrique centrale et de l'Ouest est basée à Abidjan", souligne-t-il. Des émissions de télé-réalité avec des concepts locaux comme Koiffure Kitoko, un concours de coiffeuses, succès sur un continent où les salons sont innombrables, ont vu le jour.

Autres coproductions, "Le Parlement du rire", émission de comiques chapeautée par le Nigérien Mamane, ou le magazine économique "Réussir". Comme par le passé en France, Canal mise beaucoup sur le sport. Avec des formats comme "Talents d'Afrique" ou un partenariat de cinq ans avec la Ligue de football ivoirienne, pour un montant tenu secret. Objectif : remédiatiser un championnat moribond pour en faire un pôle africain qui attirera spectateurs et... téléspectateurs.

Côté cinéma, Vivendi va ouvrir une cinquantaine de salles en Afrique francophone, pour distribuer ses productions internationales mais aussi tenter d'amortir sur place les productions locales. "Il faut que la filière soit complète de la sortie en salle jusqu'à l'exploitation sur chaîne payante, puis gratuite et en SVOD", explique M. Du Puy. Le groupe finance ainsi le développement d'applications pour les téléphones portables avec un Internet à faible débit. "Il faut qu'il y ait un écosystème qui se développe. Il est important de faire émerger une création africaine francophone mais ça ne peut pas reposer que sur nous", estime-t-il. "Les acteurs de la filière l'ont compris. Il y a des maisons de production qui apparaissent. Ce n'est pas facile. Ça mettra peut-être du temps, mais on est optimistes. Il y a des Afro-pessimistes, nous nous sommes des Afro-optimistes."



Source : afrique.lepoint.fr

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