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Patricia, 36 ans, belle, indépendante et toujours ... VIERGE !!?

  Société, #

Anne-Sophie, 34 ans : « Je sors dans la rue et mon regard accroche une pub : un couple nu qui s‘étreint. Je vais au cinéma ou j’ouvre un roman : impossible de ne pas tomber sur des scènes de sexe. Je déchiffre les couvertures des magazines et je lis : “Est-il un bon amant ?“ Je vis dans un monde où tout le monde fait l’amour. Sauf moi. » Patricia, 36 ans : « A 18 ans, c’est émouvant d’être vierge. A 35 ans, c’est ridicule. » Sébastien, 33 ans : « Parfois, je me dis que je vais mourir sans jamais avoir fait l’amour et, pour le coup, là, j’ai vraiment envie de crever. »

Une situation inavouable, des raisons inavouées

Combien sont-ils ? Nul ne le sait : il n’y a pas de chiffres, pas de sondages, et y en aurait-il que les sondés mentiraient sans doute aux sondeurs. Pourtant, ils existent tous ceux qui, loin de la surexposition sexuelle de notre société, vivent sans avoir jamais fait l’amour. Et en souffrent comme d’une anormalité qu’ils ne confient à personne. Zoé, 31 ans, raconte qu’elle rougissait lorsqu’on lui demandait : « T’as pas une cassette vierge à me prêter ? » Et Patricia s’est inventé une vie sexuelle débridée : « Personne ne sait, à part mes deux amies d’enfance. Pour les autres, je joue les délurées. C’est facile de donner le change. »

Donner le change pour ne pas avoir à répondre à un éventuel « pourquoi ? ».

« Parce qu’il n’y a pas de “parce que”, s’agace Patricia. A 20 ans, je voulais attendre de rencontrer la bonne personne. J’étais plutôt timide, réservée, discrète. Je n’allais pas vers les autres et ne laissais pas les autres venir à moi. Peut-être que, tout simplement, je ne me sentais pas prête. J’étais éprise de pureté, j’étais idéaliste, romantique, naïve. J’attendais que le prince charmant tombe du ciel. A 30 ans, je me suis consacrée à mon travail, en me disant que c’est ce qui comptait d’abord. A 36 ans, à force d’être si exigeante, j’ai le sentiment d’être passée à côté de quelque chose. Mais ne me demandez pas pourquoi… »

Pour Michèle Saal, gynécologue et sexologue, « Dans la plupart des cas, les vierges ne développent pas un plaidoyer pour ou contre la virginité. Ils ou elles ont tous de très bonnes explications à fournir : trop de travail, pas de désir, pas de temps, pas de rencontre… En fait, toutes ces raisons font écran à la vraie, qu’ils ou elles ne savent pas entendre parce qu’elle appartient à une histoire douloureuse : flou dans l’identité sexuelle, lien malsain avec une mère, attouchements… à chacun son histoire. »

Une paralysie de la relation

« On aurait tort de voir dans toute virginité tardive l’indice d’un traumatisme psychologique, nuance le gynécologue et psychosomaticien Sylvain Mimoun. D’ailleurs, elle pose peu de problèmes, en général, jusqu’à 25 ans. Considérée comme émouvante, elle est même parfois revendiquée comme une attente de la bonne relation. Puis l’inquiétude arrive et, avec elle, un début de phobie : “Saurais-je faire ? Comment le dire ?” Et surtout : “Suis-je normal ?” Et là, c’est l’engrenage qui conduit au rejet de son corps et à la peur de celui de l’autre. »

Et puis, pour les femmes, la quarantaine signe l’approche de la ménopause. A ce moment-là, la douleur enfle et prend toute la place. « Les femmes vierges d’un certain âge ne viennent pas me voir avec une revendication sexuelle, confirme Michèle Saal. Elles ne me disent pas : “Je veux faire l’amour avec un homme”, puisque, au contraire, l’idée de la pénétration est inquiétante, qu’elles ont peur de la douleur. Elles me disent plutôt : “Je veux des enfants, une maison, un foyer.” C’est un peu comme si elles avaient fait le deuil de leur sexualité à l’avance pour ne pas avoir à faire des deuils plus douloureux, ceux des injonctions parentales par exemple, du genre : “C’est tellement mieux quand on aime.” »

« Ma mère n’avait pas de discours négatif à l’égard de la sexualité, raconte Anne-Sophie. Simplement, indirectement, elle me conseillait d’attendre : “Tu as bien le temps”, “Garde-toi pour le bon”, “L’important, c’est tes études, le reste viendra après.” Du coup, mon problème n’est pas sexuel mais affectif : je n’ai jamais été amoureuse. » Pour la plupart des sexologues, dissocier la sexualité du reste de la relation à l’autre est une erreur. « Hommes ou femmes, ceux qui fuient la relation sexuelle, quelles que soient les raisons qu’ils invoquent, ne sont ni dans la liberté ni dans le désir, assure Michèle Saal. Pour ne pas être confrontés au problème, ils choisissent inconsciemment de ne pas tomber amoureux ; ils vivent dans une paralysie de la relation à l’autre dont le sexe n’est que l’un des aspects. »

Combler sa vie autrement

« Je souffre terriblement de ma virginité, explique Patrick, 32 ans, parce que la sexualité est un moyen de communication qui me fait défaut, comme si j’étais privé d’une certaine forme de parole. Je m’endors avec un oreiller dans les bras pour me donner l’illusion d’une présence. Bien sûr, je me masturbe, mais la frustration est encore plus grande après parce que j’ai compensé le manque de sexe mais je ne peux rien contre le manque de tendresse. » Du côté des filles, on parle moins facilement du plaisir solitaire : « Bien sûr que ça m’arrive, admet Patricia. Mais de moins en moins. Comme si, en perdant l’espoir de rencontrer quelqu’un, je me détachais de mon corps, qu’il m’intéressait moins puisqu’il n’intéresse personne. »

Attention au risque de perdre son corps de vue, disent les psys. Pour le psychiatre J.-D. Nasio, « l’absence de vie sexuelle tend vers un silence du corps. Or le corps est une partie importante de notre moi. Rien n’est perdu tant que l’on continue à vivre en harmonie avec son corps par le sport, la danse, les massages… C’est une forme de compensation beaucoup plus saine que celle qui consiste à se réfugier dans le travail ou dans des addictions comme la boulimie. »

C’est parce que le corps ne se sera pas dissous dans l’abstinence que, le jour venu, il sera plus facile de faire, enfin, l’amour. Jacques avait 40 ans passés quand il a rencontré sa compagne : « Avant de la rencontrer, je n’avais jamais eu de relation sexuelle. Aujourd’hui, je me sens libéré, c’est comme retrouver la vue après des années d’obscurité. Auparavant, à chaque fois que les choses se précisaient, je faisais tout, inconsciemment, pour que la relation s’interrompe. Un travail sur moi de quelques années m’a permis de mettre au clair les raisons de mon inhibition. »

Envisager le travail thérapeutique comme la porte ouverte sur une vie sexuelle épanouie relève cependant de la pensée magique. Il permet avant tout d’évoquer ses peurs, de les apprivoiser, et de trouver une vision du monde où l’amour physique a une place naturelle, ni fantasmée, ni crainte, ni sublimée. « Souvent, témoigne Michèle Saal, la thérapie permet à mes patientes de s’ouvrir sur les autres. Même si elles ne perdent pas leur virginité, la souffrance liée à celle-ci s’estompe, ne serait-ce que parce qu’elles trouvent d’autres moyens de combler leur vie. »

Quand “ça” arrive…

Contactée en juin pour parler de sa virginité, Zoé me rappelle en septembre : son témoignage m’intéresse-t-il toujours si elle n’est plus vierge ? « Ça s’est passé tout seul. Sans doute parce que je suis en thérapie et que j’ai appris à libérer ma parole. J’ai rencontré cet homme alors que nous étions tous les deux consultants pour la même mission à Londres. Nous dînions ensemble. Une complicité s’est tissée, d’autant que, marié, il ne représentait pas un danger pour moi. Pour la première fois, j’ai pu parler à un homme de ma virginité. Et, sans qu’il soit question d’amour mais avec beaucoup de tendresse, nous avons couché ensemble. Cela a été très naturel, très facile, très doux. Et très plaisant. Je sais que mon expérience n’a qu’une valeur de témoignage : on m’aurait dit, avant, que ça se passerait aussi bien, je ne l’aurais pas cru. Pourtant, cette première fois m’a libérée. Je me sens plus normale, plus belle aussi. Quand un homme me sourit, je n’ai plus un clignotant qui s’allume dans ma tête en disant “tu es vierge, tu es vierge !”»

Evitement ou sublimation ?

Les raisons de rester vierge sont multiples et complexes. Michèle Saal, sexologue, en distingue cinq principales.

  • Certains ont subi des attouchements ou ont assisté à des violences sexuelles qui les ont conduits à une phobie du sexe. Traumatisés, ils sont dans l’évitement pour ne pas avoir à affronter leur peur.
  • D’autres sont dans la sublimation. Romantiques, ils attendent l’homme ou la femme de leur vie. On retrouve ici ceux qui n’arrivent pas à faire le deuil d’un premier amour disparu et qui restent fidèles à une image fantasmée. Ils sont dans le deuil inachevé d’un idéal.
  • Religieux pratiquants, ils se sont vus imposer, par leur culture et leur religion, de rester vierges jusqu’au mariage. Lorsqu’ils ne se marient pas, ils conservent l’injonction parentale qu’ils ont faite leur.
  • Pour des raisons liées à leur histoire d’enfance, ils sont dans le flou par rapport à leur identité sexuelle. Souvent, ils disent qu’ils n’ont pas de désir. Cette ambivalence d’identité peut parfois traduire une homosexualité latente, sans passage à l’acte.
  • Ils se sentent moches, mal faits, stupides et doutent sans cesse de leur séduction. Mal dans leur peau, mal dans leur corps, mal dans leur vie, ils sont souvent les victimes d’un lien maternel lourd : mère castratrice ou, au contraire, intrusive ou absente.

Religion

Il existe des virginités assumées, voire revendiquées, souvent pour des raisons religieuses. « De plus en plus de jeunes musulmanes veulent rester vierges jusqu’au mariage, assure Edith, éducatrice dans une cité de Seine-Saint-Denis. Elles tiennent un discours cohérent et vivent selon des principes qu’elles partagent souvent avec leur petit copain. Mais elles sont très jeunes. Après 30 ans, elles passent dans le clan des “tantes”, celles qui ne sont pas mariées et n’ont pas d’enfant. Là, elles ressentent un certain ostracisme. Et en souffrent d’autant plus quand leurs convictions leur étaient imposées par leur famille. »

A 43 ans, Solange, catholique pratiquante, assume, elle, sa virginité : « Il y a des moments dans la vie où il faut faire des choix en accord avec ses principes. Moi, j’avais décidé de me garder pour un mari que je n’ai jamais rencontré… Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir fait cette rencontre – bien que j’y crois encore ! –, mais je ne regrette pas de ne pas avoir de vie sexuelle. J’ai parfois vécu cela comme une épreuve, mais j’ai réussi à le sublimer dans ma foi. »

 

www.psychologies.com


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Nadine
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