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Porto-Novo, réveiller la belle endormie du Bénin

  Culture & Loisirs, #

L'erreur est fréquente : " Cotonou, capitale du Bénin ". Non, c'est Porto-Novo ! La ville, construite le long d'une lagune de 35 kms à laquelle on accède par un pont, a progressivement perdu son statut au profit de la nouvelle ville portuaire. Jusqu'à perdre dans les années 60, la présidence et les principaux ministères. Malgré la décentralisation qui l'a doté d'un maire en 2003, Porto-Novo, qu'on qualifie de belle endormie, végète. Du centre historique qui jouxte la ville coloniale aux nouveaux quartiers, le rythme y est plus doux qu'à Cotonou, bouillonnante et polluée. Presque mélancolique.

" Il faut redynamiser Porto-Novo ", affirme Romarick Atoke, jeune architecte béninois qui participe aux ateliers, organisés pour la 6e fois à Porto-Novo, avec onze autres professionnels. Leurs projets devraient aider la mairie à formuler son plan directeur d'urbanisme, ce qui n'existe pas, comme dans beaucoup de villes africaines. " On est sur le corridor Abidjan-Lagos, il y a un potentiel à révéler ", poursuit l'architecte.

Urbanisation anarchique et potentiel de développement

La proximité avec le Nigéria, à quelques kilomètres, est l'un des points forts de Porto-Novo, 310 000 habitants. Il y a aussi son immense lagune. D'ailleurs, le projet " Porto-Novo, ville verte ", lancé fin 2015, en marge de la Cop 21, avec le Fonds Français pour l'Environnement Mondial et l'Agence Française pour le Développement va soutenir le développement durable de la cité. " On veut préserver ses atouts naturels, sa biodiversité et mettre en valeur la berge est de la lagune avec une grande promenade ", explique Daniel Zinsou Hounkpevi, coordonnateur du projet. Faute d'aménagement, les Porto-Noviens n'y viennent pas. Avec l'urbanisation anarchique, c'est même un dépotoir par endroits. Mais surtout la ville a un riche patrimoine, matériel et immatériel, vernaculaire, afro-brésilien et colonial. Le fruit de son histoire.

 

Fondée par les Adja à la fin du 17e siècle, la ville se peuple de Yorubas, venus du Nigéria, avant l'installation des Portugais. D'où les trois noms, encore utilisé aujourd'hui : Hogbonou, Adjatché et Porto-Novo. Au milieu du 19e siècle, des esclaves affranchis rentrent du Brésil. Puis, au temps du protectorat et du Dahomey, l'administration coloniale française prend ses quartiers. En 2001, l'Ecole du Patrimoine Africain a recensé près de 600 sites remarquables. Si le patrimoine colonial est préservé car il a été repris par l'Etat pour des institutions, le bâti afro-brésilien est menacé. Il y a deux ans, la mairie a classé certains bâtiments pour empêcher les propriétaires de les modifier ou de les détruire.

Un patrimoine à préserver

" A chaque saison des pluies, des maisons s'effondrent. Elles appartiennent à des familles qui n'ont pas les moyens de les restaurer ou qui ne s'entendent pas sur ce qu'il faut en faire, regrette Franck Ogou, de l'EPA. Il faut un plan de sauvegarde global, avec des moyens ! ". Pour l'instant, c'est au coup par coup, souvent avec des projets de coopération : une maison restaurée abrite l'office du tourisme. Une autre pourrait accueillir une école de formation aux métiers du patrimoine.

 

Quant à l'héritage vodoun (comme on nomme le vaudou au Bénin), il n'a été pris en compte que récemment. Dans la ville ancienne, les noms des quartiers viennent tous de divinités. " Il y a une quarantaine de places vodoun, elles existent depuis la fondation de la ville, raconte Gérard Bassalé, le fondateur du centre culturel Ouadada. Elles appartiennent à des lignages qui y organisent de grandes cérémonies, une fois par an, ou tous les 5 ans. Même la grande place Bayol, juste à l'entrée de Porto-Novo, était en fait pour le vodoun Gdêloko ! ". Avec l'aide de partenaires, et avec l'accord des familles, il a entrepris de les restaurer pour les préserver. Car là aussi, le patrimoine se dégradait.

Une capitale délabrée

Pourquoi la capitale est-elle si délabrée, malgré les nombreuses réflexions pour sa réhabilitation ? " C'est un problème politique, affirme Daniel Zinsou Hounkpevi. La ville, bastion du Parti du Renouveau Démocratique, a longtemps été dans l'opposition. L'Etat ne lui a pas donné les moyens pour se développer ". Franck Ogou n'est pas d'accord. " Oui, c'est la capitale mais il n'y a pas que cette ville qui végète. On doit se demander ce que nous-même faisons ". Porto-Novo stagne comme si elle était tiraillée entre son passé, le présent et un futur à construire.

 

Les responsables locaux, légitimement soucieux de dynamisme économique, veulent la moderniser avec bitume, grands immeubles, centre commercial. " On ne peut pas construire une ville moderne sans s'appuyer sur son patrimoine, commente Gérard Bassalé. Sinon on détruit l'identité, l'âme de Porto-Novo ". Une identité à laquelle ses habitants sont très attachés. " Je ne dors jamais à Cotonou, même s'il est tard, témoigne Daniel Zinsou Hounkpevi. Je veux retrouver le calme, dès que je franchis le pont, je me sens bien ".


Source : RFI


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