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Pourquoi il faut voir le documentaire choc " Noirs en France "

  Société, #, .

" Dans les quatre premiers, y'a deux Noirs, c'est un truc de fou ! " commente la dernière étude du Soprano JDD sur les personnalités qui font rêver des Français. Pourtant, quand il voyage en première classe avec son groupe et son manageur, on leur indique, mais oui, que " la deuxième classe, c'est par là "... À moins que ces rappeurs ne sachent " pas parler français ? " Ainsi se raconte le rappeur au quotidien, calmement, sans agressivité, disant notre douce France telle qu'elle est sans le savoir, souvent. Pas de polémique, pas de haine, pas de victimisation, rien que de l'écoute, du respect, et en prime la possibilité d'apprendre, c'est possible, même quand le sujet concerne les Noires et les Noirs en France.

 

Comprendre (" prendre avec ") leurs expériences, espoirs et blessures, interrogations, éclats de rire et de larmes, à l'écoute des souvenirs, confidences, explications d'anonymes, aide-soignant, lycéen, avocate, comme de stars, du tennis ou du petit écran (de Yannick Noah à Jean-Pascal Zadi), voilà ce que parvient à faire remarquablement le documentaire cosigné par Alain Mabanckou et Aurélia Perreau et diffusé ce mardi soir sur France 2.

 

Le fantasme de la poupée blanche

Qu'est-ce que ça veut dire, de la naissance à la fin de vie, d'avoir la peau noire dans l'Hexagone ? Pour une fillette de 8 ans ? À l'instar de Maylis, une dizaine d'enfants interrogées préfèrent toujours la poupée blanche à la poupée noire. Depuis l'Amérique des années 40, rappelle Pap Ndiaye, où fut lancé ce test, rien n'a donc changé ? Mieux vaut être blanc. Comme il vaut mieux être noir si tout le monde autour de vous l'est, parole d'enfant. C'est ce qu'on appelle une minorité...

Du fantasme de la poupée blanche aux yeux bleus, Toni Morrison a fait son premier roman L'Œil le plus bleu. Laetitia Helouet, rapporteuse à la Cour des comptes, confirme : " Je ne m'appelle pas Aminata, et quand on me voit arriver avec ma collaboratrice, on pense tout de suite que la directrice générale, Laetitia, c'est forcément elle, Nathalie, blonde aux yeux bleus. " Le documentaire va de la naissance jusqu'au bout de la vie, lorsque le tirailleur Lamine Condé, vétéran de la guerre d'Algérie et dont le père a fait 39-45 et le grand-père 14-18, se raconte à ses petits-enfants.

De ce film sensible et pédagogique, raconté par Mabanckou d'une voix qui sourit, où la musique et la mise en scène sont consensuelles, où les images d'archives viennent montrer le travail (ou pas) du temps, voici quelques vérités à retenir, qui dégoupillent les stéréotypes - et pourquoi les Antillais sont-ils fonctionnaires, nombreux dans les professions de santé ? - le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer), vous connaissez ? - et rappellent, dans la plus grande simplicité, qu'être noir ou être blanc envers et contre tous les efforts de la République, ce n'est pas, non, pas tout à fait, la même chose.

En quête de modèles

Mais ça bouge ! Déjà, on en parle. Et cette évolution se sent aussi dans un film qu'il faudrait songer peut-être à mettre, tout ou partie, à tous les programmes scolaires ?

 

1. On ne naît pas " noir " à soi-même, on le devient aux yeux des autres. Pas un seul des intervenants, vivant dans un monde de Blancs, qui n'ait été renvoyé à sa couleur. Yannick Noah en pension : " Je suis devenu bamboula au bout de quelques minutes. " Personne ne veut donner la main dans les rangs de la maternelle à Jean-Pascal Zadi, parce qu'il est noir. Mais lui (déjà comique, ou réinventant la scène ?) retourne sa main en indiquant qu'on peut la prendre puisque " là, c'est blanc ". Quand est-ce qu'on apprend que sa couleur de peau est soit comme celle du " caca " soit comme celle du chocolat ? La jeune Kathy, native de Port-au-Prince et danseuse, confie avoir arrêté d'en manger de peur que sa peau soit plus foncée encore.

2. On a bien souvent dans son ascendance un tirailleur (un soldat tiré d'ailleurs, s'amuse Lamine Condé, en brodant sur l'origine du mot en la réinterprétant pour sa petite-fille). Ainsi qu'une femme de ménage. Demandez donc à l'universitaire Maboula Soumahoro, à Zadi ou à Soprano, qui range toujours sa chambre d'hôtel avant de partir en songeant à sa mère...

3. On demande toujours à son conjoint blanc ou à sa conjointe blanche de réserver une chambre d'hôtel ou un voyage, question de nom, question de voix, ça passe tout de suite beaucoup mieux... Et pourtant, Anaïs et Oumarou sont tous deux nés en France et ont grandi dans le 15 e arrondissement de Paris (et non, non, il ne s'est pas marié avec elle pour les papiers !). Leurs enfants, comme ceux de Jean-Pascal Zadi sont des héros ! Riches de la double culture. De ce côté-là, ça progresse : les couples mixtes ne sont plus forcément des exceptions comme Cocteau et Al Brown (couple mixte et homosexuel dans les années vingt), ou Gréco et Miles Davis...

4. On a balayé toutes les mauvaises raisons pour expliquer que les Noirs sont si forts en course, foot ou encore basket. Nullement pour des caractéristiques physiologiques particulières, dit Pap Ndiaye, qui se souvient enfant s'entendre dire qu'il courait sûrement plus vite que les autres, et ne comprenant pas cette histoire de densité osseuse qui le ferait flotter moins bien que les Blancs, lui qui adorait nager... Balivernes ! Mais durables. Non, précise l'universitaire Maboula Soumahoro, l'explication est économique et sociale, ces sports populaires sont accessibles à tous : un seul terrain, un ballon pour 22 personnes contre l'infrastructure beaucoup plus coûteuse du tennis ! Faut-il rester " dans sa case " ? Ne pas prétendre à l'art, à la Cour des comptes, au cinéma, au patinage artistique ou à la danse classique comme cette merveilleuse Haïtienne qui doit peindre ses pointes au brou de noix parce que les chaussons de sa couleur de peau n'existent pas ?

 

5. On a longtemps cherché ses modèles. Sur les écrans, Dorothée se fait menacer par des sauvages, la culture populaire fait décidément très fort, à coups de clips où les Noirs ne sont que des primitifs, et il faut attendre 1998 pour qu'un dessin animé mette en scène des héros noirs positifs. Noah rigole encore d'une blague enfantine : mais comment se fait-il que Tarzan roi de la jungle soit un Blanc arrivé " avec sa meuf ", et que tous les animaux déboulent à son cri ? Sans oublier l'humour de Michel Leeb, dont se souvient encore Maboula : " Ce ne sont pas mes lunettes, ce sont mes narines. "

 

" Noirs en France ", avec Yannick Noah, Maïly Koudou, Maboula Soumahoro, Soprano, Ibrahima Bouillaud, Jean-Pascal Zadi, Pap Ndiaye, Kathy Laurent Pourcel, Karine Baste, Didier Vieillot, Laetitia Helouet et d'autres. Diffusé sur France 2, mardi 18 janvier à 21 h 10. Disponible en replay sur france.tv pendant 60 jours après la diffusion. Le film sera suivi d'un débat, puis, à 23 h 55, du documentaire " Le Village de Bamboula ", de Yoann de Montgrand et François Tchernia.

On est une génération grandie ici, qui a le droit de rêver.

 

Mais il y a de si belles histoires que le film ne se prive pas de raconter ; quand Noah raconte Arthur Ashe, son idole, avec lequel il se retrouvera à Wimbledon. Et l'un des moments les plus forts reste cette séquence où Noah victorieux tombe dans les bras de son père, scène racontée par Soprano qui se souvient l'avoir vécue à Marseille, quartiers nord, en ressentant encore l'émotion de son père, sur le fauteuil, devant la télé, vivant ce moment historique. Quant au modèle d'Ibrahima, c'est encore Mohamed Ali, indéboulonnable ! Aujourd'hui, confie tout sourire l'étoilé Mory Sacko, " on est une génération grandie ici, qui a le droit de rêver ".

Ça change, affirme Ibrahima en écho au mouvement des Black Live Matters qui a réuni des manifestants sans question de couleur, après le meurtre de George Floyd. Lui qui, enfant, s'est fait encercler par trois collégiens lui baissant le pantalon : " Voilà comment on déshabille un négro ", sans savoir comment en parler. Il dit maintenant que ça va être plus " joyeux " donnant envie de le croire, confiant dans le chemin qui l'attend, sur ces images où il savoure un pique-nique avec ses potes, en écoutant... Soprano, bien sûr : " Jeffrey, remets-nous des glaçons ! "



Source : Le Point


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