Un port africain au temps de la traite

  Culture & Loisirs, #, .

Le livre de Randy Sparks, professeur à l'université Tulane à La Nouvelle-Orléans en Louisiane, a pour sujet un port africain de la Côte-de-l'Or (le Ghana d'aujourd'hui) au XVIIIe siècle.

 


Annamaboe (dont le nom contemporain est Anomabu) était alors le port de traite le plus important de la côte, d'où des centaines de milliers d'esclaves furent déportés vers les Amériques. Avant de se lancer avec succès dans la traite négrière, les élites marchandes de ce port commerçaient de l'or et des céréales.
Les Britanniques, via la Royal African Company, devenue en 1750 la Company of Merchants Trading to Africa, y construisirent un grand fort.

Les chefs locaux, d'ethnie Fante, surent habilement jouer des rivalités entre marchands européens, en faisant monter les enchères et en prenant une part active au commerce. Les guerres qui opposèrent les Fante aux Ashanti permirent un afflux de captifs. Au début du XVIIIe siècle, la traite était deux fois plus rentable que le commerce de l'or.
En mobilisant une grande variété d'archives, Randy Sparks montre de manière très convaincante comment une société créolisée naquit de la rencontre des administrateurs, soldats et négociants britanniques avec les Fante. Les enfants issus de ces unions (les " mulâtres ") étaient envoyés faire leurs études en Angleterre lorsque le père était fortuné ; d'autres trouvaient emploi comme interprète ou marin.
Les Britanniques et les Français se disputaient les faveurs commerciales de John Corrantee (ou Kurantsi), le chef principal d'Annamaboe, né dans les années 1670. Ils le sollicitèrent pour qu'il envoie ses enfants étudier dans leurs pays respectifs. Prudent, Corrantee envoya d'abord l'un de ses fils à Paris au début des années 1740. Le jeune prince fut reçu avec tous les honneurs, étudia au lycée Louis-le-Grand, avant de rentrer au pays.
Les Britanniques invitèrent un autre fils à s'instruire en Angleterre, ce que Corrantee accepta, ne serait-ce que pour mieux comparer les deux pays et continuer son jeu diplomatique. William Ansah, le fils préféré, s'embarqua donc pour Londres en 1747. Enfin, c'est ce qu'il croyait. Le capitaine du bateau négrier était censé acheminer sa cargaison d'esclaves jusqu'à la Barbade avant de convoyer le jeune homme en Angleterre, mais il fit croire que ce dernier avait péri lors du voyage et le vendit en esclavage. Corrantee finit par l'apprendre et demanda aux Britanniques de le récupérer. On le retrouva à la Barbade, puis la CMTA le débarqua en Angleterre où ses aventures firent sensation. William Ansah devint une figure de la vie mondaine et littéraire anglaise, avant que le jeune homme levât l'ancre pour Annamaboe en 1750 où toute la ville fêta le retour du miraculé.
Au début du XIXe siècle, la prospérité d'Annamaboe déclina, en raison de sa destruction par les Ashanti, et surtout de l'abolition de la traite par les Britanniques. L'économie de la ville s'effondra, et elle sombra dans l'oubli.



Source : Blog Histoire Géo



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