Wizkid fait briller l'Afrique

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Entre les musiques urbaines africaines et celles de l'Occident, le rapprochement entrevu depuis longtemps est enfin effectif : tel est l'enseignement apporté de façon spectaculaire par le Nigérian Wizkid à travers son troisième album Sounds From The Other Side. Star consacrée de l'afropop auprès de la jeunesse de son continent, le chanteur de Lagos est en passe de s'imposer encore plus largement.

À la dernière cérémonie des Grammy Awards, ce rendez-vous annuel qui fait office de thermomètre de l'industrie musicale américaine, Wizkid n'a pas décroché le graal pour sa participation remarquée à l'album Views du Canadien Drake, mais sans doute a-t-il fini de convaincre qu'il était grand temps de miser sur lui : à peine dix jours plus tard, le 1er mars, la puissante compagnie RCA Records annonçait que le prometteur Nigérian rejoignait ses rangs. "Il est devenu une superstar de la scène musicale africaine et va changer la donne en amenant la musique africaine au reste du monde", commentait avec enthousiasme son PDG Peter Edge.

À 27 ans, le chanteur a déjà accroché à son tableau de chasse un nombre imposant de récompenses depuis 2010 : près de 35 trophées, que ce soit dans son pays, au Ghana voisin, à l'échelle du continent ou de la communauté africaine et afro-américaine, dans le cas des BET Awards et Mobo Awards, ainsi qu'aux États-Unis où il a été nommé à sept reprises aux Billboard Music Awards de 2017 !

Un succès scénique international

En Afrique subsaharienne, le succès récent de son duo avec le rappeur de Toronto sur One Dance n'a fait que confirmer le statut acquis par Wizkid au cours des années passées, déclenché par son premier album Superstar en 2011 mais surtout alimenté par le suivant, Ayo, paru en 2014. Le "Starboy" qui a débuté dans les églises à onze ans fait partie du cercle très fermé des artistes pouvant se produire loin de chez lui devant des foules considérables : ils étaient des milliers - sous la pluie ! - au Kenya il y a quelques semaines, plus de 30 000 en Tanzanie l'an dernier, 25 000 au Liberia en 2014...

 

Plus rare encore, sa notoriété ne se limite pas aux seuls États anglophones, elle atteint un niveau équivalent dans les pays francophones, comme le résume en images le clip de Sweet Love, avec ces spectatrices si émues de voir leur idole qu'elles sont en pleurs ou font des malaises... Partout, lors des concerts, c'est la même folie, le même embrasement : Abidjan, Yaoundé, Bamako, Dakar, Conakry, Niamey, Cotonou, Kinshasa, Pointe-Noire, Kigali sont tombées tour à tour sous le charme de ce style afropop qui caractérise son répertoire. En studio, des duos ont pris forme, avec le Congolais Fally Ipupa ou la Sénégalaise Aida Samb.

Très programmée, avec les tempos et tout ce qu'il faut d'effets pour coller à son époque, la musique de Wizkid s'apparente à la version made in Lagos d'un r'n'b mâtiné de dancehall, saupoudré d'une légère pointe d'afrobeat, héritage national oblige. Sans oublier les indispensables références visuelles présentes dans les vidéos qui accompagnent les chansons : voitures de luxe décapotables, filles en short et talons hauts faisant valoir leur plastique avantageuse...

Derrière les clichés de cette "bling-bling" attitude dont raffolent les autres pointures de la culture urbaine du pays, tel que le duo P-Square ou le chanteur Davido, souvent présenté comme le rival de Wizkid, il y a l'envie tenace de montrer une autre image de la capitale économique nigériane, considérée depuis des décennies comme une des villes les plus dangereuses de la planète. En faire la petite sœur de Miami, au bord du golfe de Guinée, où la musique est à l'origine de "success-story" permettant de s'échapper du ghetto.

Un modèle pour la nouvelle génération africaine

La réussite d'Ayodeji Ibrahim Balogun, son nom à l'état civil, a érigé le jeune homme en modèle auprès d'une partie de la nouvelle génération africaine. Sous sa capuche, derrière ses lunettes teintées, celui que la BBC a surnommé en 2014 le "Justin Bieber nigérian" délivre un discours polissé, d'une voix douce et bienveillante, rappelant dès qu'il le peut que sa proximité avec les femmes tient au fait qu'il les comprend parfaitement puisqu'il a grandi avec douze sœurs, cadré par la foi musulmane de son père et celle pentecôtiste de sa mère.

 

S'il revendique volontiers l'influence de son compatriote Fela et de Bob Marley, héros contestataires, voire révolutionnaires, du tiers monde, Wizkid préfère adopter une rhétorique consensuelle digne de Michael Jackson. Et quand il fait enfin le lien entre la Jamaïque et le Nigeria, c'est pour s'illustrer aux côtés du sulfureux Vybz Kartel, aussi éloigné de la philosophie du roi du reggae - il est incarcéré à perpétuité après avoir été jugé coupable de meurtres - que lui-même semble l'être du Black President de la République symbolique du Kalatuta.

Pour asseoir plus solidement sa progression, au fil du temps, Wizkid a privilégié les collaborations tous azimuts et parié sur leurs effets à moyen terme. La démarche s'est avérée payante, et l'album Sounds From The Other Side qu'il vient de mettre sur le marché a été conçu dans cet esprit, avec entre autres le trio américain Major Lazer, Chris Brown et à nouveau Drake. Son exemple ? Sean Paul, étoile du dancehall jamaïcain, parvenu à rester sous les projecteurs avec la même stratégie. Quitte à laisser sur le bord de la route ce qui n'est pas inhérent ni essentiel à sa signature musicale.

WizkPage Facebook de Wizkid id Sounds From The Other Side (Jive Epic/SonyMusic) 2017



Source : musique.rfi.fr



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